Parce que tous les dragueurs ne sont pas à la noix, la définition est ici.

Si après ça vous avez toujours envie de taper sur la souris, c'est par .

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Je ne sais plus si c'était ces derniers jours où il faisait une chaleur de fer à souder ou ces autres jours derniers où il pleuvait tu pouvais plus vraiment faire la différence si t'étais tombée dans la Loire ou si t'étais encore sur la rive, mais en tous cas la souris était à vélo.

 

Ah tiens, un indice : ce devait être pendant les jours torrides, vu que la voiture à côté de la souris au feu avait sa fenêtre ouverte et que de celle-ci jaillissaient à flux continus de vigoureux encouragements concernant la souris, son courage, sa vaillance à faire du vélo par ce temps, exclamations par lesquelles la souris s'est sentie flattée, mise en valeur, incroyablement regonflée agacée.

 

Agacée au point de n'évoir pas répondu, ce qui, vous le reconnaîtrez, est super impoli de sa part, vu que c'est très très impoli de ne pas répondre aux inconnus qui vous abordent dans la rue, comme votre maman vous l'a très certainement appris. Mais alors agacée pourquoi exactement ? N'est-ce point agréable de se faire complimenter sur sa sporticitude souricesque à un feu rouge par deux automobilistes inconnus ?

 

La réponse est : trouveriez-vous agréable d'entendre commenter la moindre de vos actions lorsque vous êtes dans l'espace public ?

 

Hm. Bon. Vous commencez à comprendre.

 

Mais alors, on a plus le droit de rien dire ? C'est interdit les compliments ? On peut plus engager la conversation avec des inconnus dans la rue ?

 

Non, c'est pas interdit, et comme je suis une souris généreuse, je vais même vous aider en vous fournissant un petit outil très simple, que vous pouvez emporter partout avec vous et qui vous aidera à savoir exactement quand vous pouvez y aller et quand fermer votre grande gueule.

 

(Ami lecteur, la suite s'adresse au dragueur ou à la dragueuse de rue qui sommeille en chacun de nous ; si tu ne te sens pas concerné-e à la première personne par le petit tuto qui suit, j'espère que tu le trouveras néanmoins instructif, grâce à ta grande ouverture d'esprit et curiosité intellectuelle.)

 

Prenez la phrase que vous vous apprêtez à adresser à l'inconnu-e, et posez-vous simplement la question :

 

L'aborderiez-vous de la même façon si c'était une personne qui ne vous plaisait pas ?

 

Si la réponse est non, alors il y a fort à parier que ce que vous vous apprêtez à faire soit intrusif et/ou déplacé.

 

Oh, je vous entends déjà crier d'ici : mais souris, si on l'aborde, c'est justement parce qu'il-elle nous plaît ! Bien sûr qu'on l'accosterait pas, si il-elle nous plaisait pas (rires gras, regards de connnivence) !

 

A ceci je répondrai d'abord que si, bien sûr, il vous arrive tout à fait d'aborder des gens qui ne vous attirent pas dans la rue : pour demander l'heure, ou votre chemin, ou une cigarette par exemple (je parle évidemment des situations où vous cherchez vraiment l'heure, votre chemin, une cigarette, et pas un prétexte). Et dans ce cas, le genre de la personne que vous abordez importe peu : vous vous adresserez à peu de choses près de la même manière à un homme ou une femme, parce que là n'est pas l'enjeu.

 

Et c'est précisément là que l'on touche le fond du problème. Votre phrase d'accroche serait déplacée si vous l'adressiez à une personne lambda ? C'est vraisemblablement qu'elle est déplacée tout court. Or quelle est la différence entre une personne lambda et cet-te inconnu-e avec qui vous vouliez engager la conversation ? Cet-te inconnu-e vous plaît. Autrement dit, vous considérez que le fait qu'il-elle vous plaît vous autorise à lui parler d'une manière qui vous semblerait, sans cela, avec évidence, irrespectueuse. Vous avez pris votre attirance pour cette personne comme un permis de vous affranchir d'une des règles les plus élémentaires de la vie en société : le respect de l'autre dans l'espace public.

 

Ce n'est pas un très bon début.

 

Donc mon conseil de souris sera : si vous pouviez dire la même chose à n'importe qui, fût-ce à votre grand-mère, allez-y ; sinon, abstenez-vous. Si vous voulez faire la connaissance d'une personne que vous croisez dans la rue, commencez par vous adresser à elle de la même manière qu'à une personne qui ne vous intéresserait pas sexuellement (ou romantiquement d'ailleurs). Tiens, faisons simple : commencez par l'aborder comme une personne. Il sera bien temps, ensuite, une fois que vous serez passé du statut d'inconnu à connu, de glisser lentement vers le processus de séduction. Ce qui a en outre l'énorme avantage de vous permettre de vérifier que la personne vous plaît toujours après un petit bout de discussion ; et l'autre énorme avantage que si la drague ça marche pas, eh beh peut-être vous vous serez fait un-e ami-e.

 

Bon. D'accord. Fin du tuto drague, début de la partie ardue. Vous aurez remarqué que j'ai soigneusement neutrisé mon petit tuto, parce qu'après tout il n'y a pas de raison en droit que la drague de rue maladroite soit réservée aux hommes qui aiment les femmes, donc j'ai fait en sorte que toutes les autres possibilités puissent s'y reconnaître. Mais là, va bien falloir genrer un peu.

 

Quid de ceux qui font des commentaires aux femmes dans la rue sans intention de les aborder ou de les draguer davantage, juste comme ça, pour le plaisir ? Plaisir partagé, hm ? Puisque ce sont des compliments, n'est-ce pas ? Alors la question est : ça vous arrive souvent de crier des commentaires aux cyclistes de genre masculin aux feus rouges ? ça vous est souvent arrivé d'en être témoin ? Hommes cyclistes, en avez-vous reçu beaucoup ?

 

J'entends d'ici une partie du lectorat masculin crier : moi, moi j'en veux des compliments aux feux rouges par des inconnu-e-s !

 

Cette partie du lectorat masculin commet ici une première faute de raisonnement, faute dite du "moi ça me dérangerait pas qu'une femme me viole" : on suppose ici que le compliment viendrait nécessairement d'une personne qui nous plairait aussi. Supposez donc deux petites secondes que ce ne soit pas le cas. Non, soyons sérieux, supposez-le honnêtement. Voilà. ça vous met moins à l'aise, déjà, un commentaire sur votre personne de la part de quelqu'un qui ne vous plaît pas (voire, soyons fous, pas du tout : laissez ici libre cours à votre imagination). C'est pourtant ce qu'il faut envisager ici. Et ce que ça révèle, ce n'est pas que les personnes moches n'ont pas le droit de complimenter en public, mais que si faire des commentaires sur le physique des inconnu-e-s dans la rue n'est tolérable que de la part des gens plaisants, c'est peut-être que ce n'est pas tolérable du tout.

(Je précise au cas où ce ne serait pas évident que les notions de moche / plaisant employées ci-dessus sont pour moi des catégories hautement relatives et problématiques.)

 

Cette partie du lectorat masculin commet en outre une seconde faute de raisonnement, faute dite du "ça m'est jamais arrivé, j'aimerais bien essayer". Et certes, qui ne serait pas tenté par l'expérience ? Un compliment, c'est toujours bon à prendre, non ? Mais ce que l'on vous propose, à vous morts de soif des compliment, ce n'est pas un compliment de temps à autre, non : c'est être apostrophé souvent et beaucoup. C'est avoir à fixer chaque feu rouge dans le rouge de l'oeil en espérant que vos voisins de patience ne vous remarquent pas, parce que dans le cas contraire ils pourraient commencer à commenter votre apparence ou vos actes. Ce que l'on vous propose, c'est une vie où tous vos agissements et apparitions en public sont sujets à commentaires.

 

ça vous tente toujours ?


Hommes, si c'est le cas, rien de plus simple : mettez une jupe. Cela vous fera instantanément traverser la barrière, et rejoindre la grande et joyeuse famille de ceux dont n'importe qui se sent autorisé à commenter l'apparence à haute voix dans les lieux publics. Comment ça, vous voulez pas ?

 

On voit apparaître ici une sorte de règle bizarre avec les compliments : leur valeur est inversement propotionnelle à leur quantité. Ce n'est même pas qu'un compliment fréquemment répété perd de sa valeur, non : sa valeur s'inverse carrément. Un compliment rare, c'est précieux ; des compliments tout le temps, étrangement, ça prend quasiment exactement la même valeur que des insultes, et c'est ressenti pareil : comme une agression, un truc qui met mal à l'aise, quelque chose d'humiliant.

 

Car ce "compliment trop souvent" - typiquement celui qui vous est crié d'une voiture arrêtée à un feu rouge, mais aussi celui qui vous est fait comme un cheveu sur la soupe dans un contexte professionnel -, outre qu'il vous réduit à votre physique, n'est le signe de rien d'autre que d'une situation où tout ce que vous êtes ou faites dans l'espace public peut être ouvertement commenté par autrui ; que le jugement soit positif ou négatif importe alors peu : c'est le jugement qui compte, il vous renvoie à un statut d'objet de jugement, c'est-à-dire quelqu'un dont la présence dans l'espace public est discutable. En commentant l'apparence ou les actes d'une femme inconnue dans un lieu public, ce qui lui est signifié, c'est que cet espace n'est pas son espace, qu'elle n'y est pas légitime, qu'elle n'y est à la rigueur tolérée qu'à condition de se soumettre au jugement permanent qui sera porté sur elle.

 

Avouez qu'il y a de quoi se sentir intranquille.

 

Et pour ceux qui demanderaient : à peu près comme toutes les femmes (je m'avance un peu, mais si vous avez un doute sur cette généralisation, demandez à la femme la plus proche de vous), je ne vais pas dans la rue pour regonfler mon ego. Je ne prends pas mon vélo pour récolter des compliments. Je vais dans la rue parce que j'ai à faire, et je prends mon vélo pour aller quelque part.


Un peu comme, vous savez... un peu comme un homme, finalement.


Lundi 21 juillet 1 21 /07 /Juil 22:33
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Il avait fait une élégante queue-de-poisson avec son bolide couleur vif-argent devant le nez de ma vieille petite voiture avant de se garer nonchalament sur le trottoir.

 

Je jette un oeil en passant au chauffard, surprends le sourire du gars content de lui, heureux qu'on le regarde dans son petit coupé sportif et m'as-tu-vu.

 

Mais précisément non, m'as-tu-rien-vu-du-tout à part ce sourire plein de dents : frimeurs, pensez-y la prochaine fois ; à travers vos vitres fumées, on ne vous voit pas...


Mardi 17 juin 2 17 /06 /Juin 14:59
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Je vais vous faire une confidence...

 

- Oooooooooh ! S'exclame la foule émerveillée. Une confidence de la souris !... Eh, Souris, deux ans d'absence pour une confidence, ça fait pas cher payé de la fidélité, dis !

 

Et dans un murmure, je répondrai : Certes.

 

Et donc, je vais vous faire une confidence, même si vous ne le méritez pas, tas d'impatients (oh, oui, je les ai entendus, vos cris de dépit, vos raffraîchissements de page rageurs, vos harcèlements de souris ! Mais je suis magnanime et je vais vous faire une confidence :) je ne suis pas ce qu'on appelle une grande sportive.

 

Non, si je fais du vélo, c'est essentiellement pour la très grande indépendance que cela permet, en fait. Nulle considération mangezbougesque à cela, nulle volonté d'étaler ma vélocité non plus. Voilà, c'est dit : une souris à vélo, c'est essentiellement une souris qui... va quelque part. Pas un moyen détourné d'attirer les regards. Mais visiblement la nuance échappe à certains, qui considèrent sans doute que se promener à vélo équivaut à sortir vêtue en tout et pour tout d'un noeud de paquet cadeau.

 

Ainsi, il y a peu, la souris rentrait-elle à vélo d'une soirée tardive. Elle était arrêtée à un feu pour vélo et elle hahanait un peu, car elle venait de monter une côte, autrement dit : elle était chaude.

 

C'était dans cet intervalle douteux qui sépare le moment tragique où le feu passe au rouge pour les piétons (et, ici, les vélos) de celui, plus tragique encore, où il passe au vert pour les voitures. Heure trouble où d'aucuns profitent de l'incertitude pour usurper un passage fugace. Mais ceux-là, non. Ceux-là attendaient sagement le feu vert dans leur voiture tout en matant ouvertement la souris, le conducteur béant par sa fenêtre, son passager se déboîtant le cou, et jetant des remarques remarquables :

 

- Il fait chaud, hein !

 

Ah, ça oui, il faisait chaud. A vrai dire, la souris ne pouvait même pas imaginer comment ils supportaient d'être en voiture par une telle chaleur. Alors qu'en vélo, on a la clim naturellement.

 

- Ah là là, j'aimerais bien être sur le vélo !

 

La souris et son vélo échangèrent un regard navré. Non, désolée, bien trop lourd.

 

La tension dramatique était à son comble. Allait-il surenchérir dans les platitudes ? Comment la souris allait-elle se sortir de ce dialogue poisseux ? Heureusement, comme dans une bonne tragédie, un élément extérieur vint aider au dénouement. En l'occurrence, une simple impulsion électrique. Et pour se débarrasser du vélocipédophile, le précipiter hors de sa vue, la souris n'eut qu'une toute petite phrase négligeante à prononcer : c'est vert...


Lundi 30 juillet 1 30 /07 /Juil 16:34
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J'ai bien aimé le bouquin de Foenkinos, La Délicatesse. Il m'a beaucoup fait rire. Surtout ce passage où le héros (le premier, pas celui qui gagne à la fin) spécule intérieurement sur... Comment expliquer ça... Sur la boisson que devrait commander la jeune femme qu'il vient d'accoster dans la rue pour attester qu'elle est la femme parfaite :

 

« Finalement, il se dit qu'un jus ça serait bien. Oui, un jus, c'est sympathique. C'est convivial et pas trop agressif. On sent la fille douce et équilibrée. Mais quel jus ? Mieux vaut esquiver les grands classiques : évitons la pomme ou l'orange, trop vu. Il faut être un tout petit peu original, sans être toutefois excentrique. La papaye ou la goyave, ça fait peur. Le jus d'abricot, ça serait parfait. Si elle choisit ça, je l'épouse… – Je vais prendre un jus… Un jus d'abricot, je crois, répondit Nathalie. Il la regarda comme si elle était une effraction dans la réalité. »

 

On laissera de côté le fait que la seule initiative laissée à la jeune femme dans le processus de séduction réside dans le choix d'un jus de fruit, parce que, je le rappelle, il s'agit d'un livre comique, et donc que l'homme fonde ses choix matrimoniaux sur des critères tels que la haine pour le Perrier-citron n'est pas incongru. Non, c'est surtout le "on sent la fille douce et équilibrée" qui m'a fait rire, voyez-vous, parce que la jeune femme qui commande un jus d'abricot, c'est, par exemple, moi (à peu près systématiquement).

 

Non, vraiment, il était drôle, ce livre. ça compense un peu les remarques phallocrates sur les talons aiguille.


Jeudi 19 juillet 4 19 /07 /Juil 11:39
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Comme une nuisance n'arrive jamais seule, la souris a une soeur, que nous appellerons La Souris Verte. Verte comme : acide. Laquelle verte souris vous offre le billet d'aujourd'hui. Et à l'instar du dura lex sed lex des Romains, je me contenterai d'annoncer le numéro ainsi : la souris est dure, mais c'est une souris.

 

Solde: n.m., le plus souvent pluriel. Vente au rabais. Par extension, expérience sociologique intéressante.

C'était un été qui ne voulait pas commencer. Un été où l'on cultivait les escargots au beurre d'ail sur les fraisiers, où la mode était aux Wellington violettes, et où les robes légères restaient au placard. Un été où la sève, montée au printemps, stagnait dans les vaisseaux, attendant l'éclosion en vain. Mais un été où, tout à coup, on a bradé le soleil.

Ouverture des soldes en fanfare; 30°C, tout doit disparaitre. Sevrée de chaleur, frustrée de flirts, la foule en délire se rue dans les centres commerciaux, qui en quête de tenues estivales, qui en quête de leur contenu.
Là est l'écueil: les robes courtes se cueillent... dans les magasins pour femmes. Ô pays de cocagne pour l'amateur de chair fraîche, contraint à un jeûne prolongé! Froufrous, cuisses dénudées, poitrines dévoilées, ventres à l'étalage... autant de promesses inaccessibles, derrière le rempart de la vitrine.
C'est pourquoi le dragueur à la noix avait établi son repaire au Gro-Sport. Notons que dragueur est sportif. Étonnamment, il est à l'affut au rayon chaussures de randonnée - et non près des maillots de bains.

C'était un été qui ne voulait pas s'installer. Un été où la souris rêvait de vacances, mais se sentait en mars. Un été où le pelage gris restait humide et terne, le museau boudeur, l'oreille basse. Mais un été où, tout à coup, on pourrait partir randonner.

C'est ainsi que la souris fourrage en robe de plage, chaussettes de montagne et croquenots, sur les terres de notre sportif. Décidément affamé, le dragueur n'est apparemment pas à une faute de goût près.
"Excusez-moi,"
(poli. Va demander s'il reste ce modèle en 45? La souris sourit. L'habitude.)
"Est-ce qu'on pourrait faire connaissance?"
(Ah. LE prototype. Belle gueule, bronzé, musclé, sûr de lui. Direct ; pourquoi s'encombrer de phrases inutiles après tout? En terrain conquis, le dragueur règne en maître).
Alors qu'elle s'entend répondre, déjà lasse, déjà sur la défensive "Oh non! J'ai pas besoin d'être emm..." La souris se demande ce qui loge dans une tête de noix, ça l'a toujours intriguée. La souris est farouche, mais la souris est curieuse. Et finalement, la souris à du temps à perdre - du temps à faire perdre. Alors elle enchaîne avec une pointe d'agressivité "Avez vous un argument à proposer, qui mériterait que je fasse votre connaissance?"

Le dragueur n'en a pas, évidemment, parce que les arguments, c'est compliqué voyez vous, il faut utiliser son cerveau, donner du sens aux mots, tout ça, vous ne vous rendez pas compte... La souris, cruelle, lui rit au nez, lui déclare brutalement que la vie c'est pas facile, les filles surtout, s'éloigne d'un air décidé, et l'invite à prendre un café avec le plus charmant sourire. Biiiiiiiiiiip. Fatal error. L'air hébété indique clairement que le programme interne en mode binaire vient de beuguer: "Je coche quoi, la case "vent", ou la case "j'emballe"?"

Beaucoup moins sûr de lui, d'un coup. L'instinct mâle se prend une claque mais, bon gars, un peu sonné, un peu curieux, aussi, il suit l'étrange créature. Est-ce qu'il se rend compte qu'elle est en train de lui foutre en l'air sa partie de chasse? Pas certain.
Cependant, ce dont le dragueur à la noix rêve, en vrai, au fond de lui, bien plus que de combler son désert sentimental de permissionnaire et ses velléités d'infidélités, c'est d'être une noix. C'est qu'on le désire, qu'on le siffle, qu'on l'aborde, qu'on le croque. Il voudrait tant qu'on l'admire. Il voudrait tant qu'on l'écoute. Il faut dire, il a tant de choses intéressantes à raconter, sur le sport, le foot, le tennis, la course à pied, l'entretien des muscles, l'abondance de filles prêtes à tomber dans les bras du premier venu sur les sites de rencontre... il pourrait parler pendant des heures.

Mais qui l'écoute?


Mardi 17 juillet 2 17 /07 /Juil 14:20
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C'est l'histoire d'un jeune mulot qui prenait le soleil sur un banc, et d'une apparition. Car soudain il fut là, à l'autre bout du banc, et le jeune homme ébloui par la lumière vive de midi n'aurait su dire s'il s'était assis pendant que lui-même avait les yeux fermés ou s'il s'était soudainement matérialisé.


En tous cas, il était là. Tout de noir vêtu, lunettes noires aussi, gants noirs, sous cette chaleur plombante, et humeur noire sans doute, à en juger la manière dont il fixait droit devant lui en marmonnant quelque chose d'obscur.


Quelque chose d'obscur dont le ton monta suffisamment pour que le jeune mulot entende ces mots à demi prononcés, regard toujours baissé, sans bien savoir s'ils s'adressaient à lui :


"Vous me faites beaucoup penser au chanteur du groupe Téléphone, que j'ai... Hmmmm... Que j'ai bien connu..."


Mulot chercha à se souvenir de la tête du groupe Téléphone, et rien qui puisse sembler un tant soit peu flatteur ne lui venait à l'esprit qu'un machin avec plein de boutons tandis qu'à côté de lui l'homme continuait dans un souffle caverneux, comme un courant d'air à travers une porte de caveau :


"J'ai toujours trouvé les hommes... tranquilles... très attirants..."


La claire lumière du jour et la rue passante où se situait la scène suffisait à peine à rassurer Mulot, qui trouva judicieux de préciser qu'il n'était pas demandeur. Aussitôt il vit glisser un reflet rougeoyant derrière les impénétrables lunettes noires qui, pour la première fois, se tournèrent franchement vers lui, dardant un non-regard plombé tandis que la voix sépulcrale montait en un tonitruant murmure (je sais, c'est difficile d'imaginer un murmure tonitruant, enfin essayez d'imaginer quelque chose comme cent mille pierres tombales en train de s'effriter sous la lune) :


"Demandeur ? Pourquoi, demandeur ?... Toujours prendre, toujours donner ! Raaah ! Comme des rrrapaces ! Ah... Lois de l'échange... Donner, recevoir... Vendre, c'est ça ? Est-ce qu'on ne pourrait pas, plutôt... Partager ?"


Son indignation atteignait des sommets, armée de corbeaux tournoyants dont le jeune Mulot n'aurait pour rien au monde voulu s'attirer les foudres. Il précisa donc qu'il ne voulait pas vexer.


L'homme s'arrêta net, se couvrit les lunettes de la main d'un geste théâtral qui fit crisser son blouson de cuir noir comme un suaire en négatif :


"Plus rien ne me vexe."


Et, ôtant ses lunettes, se penchant vers Mulot dans une débauche de gestes kabbalistiques dont la signification n'était pas bien claire, il le fixa au fond des yeux de ses deux yeux rouges et cernés, prononçant avec emphase, comme pour une citation, ces mots de Bill Hicks (oui, je sais, une recherche simple vous a appris qu'il s'agissait d'un humoriste américain et vous vous dites que cela vient comme une framboise sur un cercueil, mais le fait est qu'il cita Bill Hicks) :


"Don't worry. Don't be afraid."


Et il s'enfuit en courant, ne laissant derrière lui qu'une traînée de cendres, une odeur de caveau, ou de tabac froid, ou de quoi d'autre, enfin il disparut dans un souffle glacial, laissant Mulot comme deux ronds de flanc.


Et ronds de flanc nous sommes aussi, tous, tant que nous sommes, et tant que nous n'avons pas décidé s'il s'agissait d'un dragueur à la noix ou d'un dragueur à la manque. Je pencherais néanmoins plutôt pour un vrai bon dragueur à la noix, à cause de son discours culpabilisateur : si un jeune homme le refuse, ce n'est pas parce qu'il ne lui plaît pas ou qu'il préfère les femmes, c'est nécessairement parce que ce jeune homme a peur, parce qu'il a une conception négative et marchande des rapports humains. Biais à mon avis typiquement dragualanoisique : comment vivrait le dragueur à la noix s'il pouvait penser ne serait-ce qu'un seul instant que le problème vient de lui, et non des autres ? Pourtant je proposerais volontiers une mention spéciale pour ce dragueur-là et pour lui tout seul : appelons-le, donc, le dragueur complètement tout seul dans son trip.


Mardi 20 juillet 2 20 /07 /Juil 07:05
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Comme il n'était pas la moitié d'un observateur avisé, il s'aperçut immédiatement que la souris n'était pas la moitié d'une gnognotte, qu'il lui fallait du solide, du musclé, qu'il lui fallait, tiens : un livre. La solition de ce dragueur-là au problème souricesque, c'était qu'il avait écrit un livre.


Non, il ne voulait pas vendre son livre à la souris. Il voulait prendre un verre avec elle. "Au café de Sartre." Pas donné le nom du café, mais à ma connaissance, il ne se trouve pas dans le bon arrondissement pour ça ; à moins que ce ne soit une manière de signaler sa mauvaise foi. Mais pour prendre un verre avec la souris, son argument était donc : "J'ai fait un livre."


Argument intéressant : à première vue, pas grand'chose de commun entre un verre et un livre. En cherchant bien, à la rigueur : tous deux sont remplis d'un contenu plus ou moins nourrissant, plus ou moins épais, qui peut monter à la tête, et parfois on y trouve des bulles (dans ce cas c'est une BD).


A part ça, rien. Peut-être voulait-il ainsi garantir qu'il y aurait, autour du verre et pour en assurer l'isolation, une solide conversation : au moins, on pourrait parler de son livre. Peut-être voulait-il simplement assurer son prestige aux yeux de la souris, un peu comme José Garcia dans La Vérité si je mens 2 lorsqu'il explique qu'il est tellement pris par sa réussite professionnelle qu'il n'a absolument pas de temps à consacrer à une femme (le prestige, un art délicat).


Mais très bien ! Il avait fait un livre. Parlons-en. Pas un roman, non. Du théorique: audacieux, de chercher à épater la souris sur son propre terrain. Elle questionne, creuse, gratte, demande de définir les concepts, ne le lâche plus  Elle veut savoir si cet homme fait preuve de cohérence dans ses écrits - ce serait déjà un bon début. Mais la cohérence n'est pas la qualité première du dragueur à la noix. Il s'embrouille, se perd, peine à justifier, n'arrive plus à faire le lien avec une idée évoquée deux phrases plus tôt, se nourrit de notions ronflantes, mais hélas la souris sait ce qu'elles signifient et lui n'arrive pas à les relier entre elles. Mauvaise pioche. Cinq minutes plus tard, nous voici en plein dans cet inoubliable moment d'Idiocracy :


- Mais les plantes ont besoin de Brawndo pour pousser !


- Ah bon, pourquoi ?


- Brawndo est plein d'électrolytes !


- Et c'est quoi, les électrolytes ?


- Ben c'est ce qu'il y a dans le Brawndo !

 

- Mais pourquoi en met-on dans le Brawndo ?

 

- Mais... Parce que Brawndo est plein d'électrolytes !


Il est grand temps de le planter là. Il donne le titre de son livre, quand même. Dit à la souris d'aller le voir en ligne. Elle répond qu'elle lui écrira si ça lui plaît. Laissant l'ambiguïté. Mais d'ambiguïté nulle, sur internet : aucun livre de ce nom. Pas vraiment étonnant.


Lundi 12 juillet 1 12 /07 /Juil 08:58
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La souris sortait d'un magasin d'antiquité lorsqu'elle s'aperçut que l'une d'entre elles l'avait discrètement suivie.


- Souris, t'exagères, comme toujours... C'était pas une antiquité, non, tu peux pas vraiment dire ça.


- C'est vrai, antiquité, c'est un peu fort. Disons qu'il était... Vintage, alors.


Avec sa coupe frisée un peu trop longue, son costume à chemise ouverte, ses rides bien parties et l'assurance de celui qui a duré. Vintage. Désigne ce qui a plu il y a vingt ans et pense bien plaire encore en restant lui-même.


Monsieur Vintage surgit donc derrière le dos de la souris en clamant qu'elle avait un beau sourire.


Oui, à n'en pas douter, se dit la souris par devers-soi : mon nouveau jean me fait un bien beau sourire.


C'est dommage, s'il était arrivé en sens inverse, il aurait pu à la fois voir mon sourire, le vrai, celui qui aurait rendu son approche crédible, et mon joli T-shirt "J'ai mes règles".


Mardi 6 juillet 2 06 /07 /Juil 15:38
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Dans l'ombre sylve il se tenait assis, les yeux mi-clos, prenant le frais, comme au théâtre dans son fauteuil tourné vers l'allée où passent une fille, une fille, une autre fille, la souris.

 

"Bonjour !"

 

Première sommation. Un coup dans l'eau.

 

"Bonjour !"

 

Deuxième sommation. En effet, c'est pour elle et comme c'est un bon jour, la souris salue en retour.

 

"Vous êtes tout à fait mon genre !"

 

Une petite pause.

 

"...de femme !"

 

Ouf. Merci d'avoir précisé.


Lundi 14 juin 1 14 /06 /Juin 07:57
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Celui-là hurlait au passage de la souris, comme saisi d'une sainte frayeur :


"Oh, mademoiselle, vous êtes blaaaaaaaanche ! Faut penser à bronzer !"


Certes, oui, je veux bien - mais y penser arrangera-t-il vraiment le problème ?


Lundi 7 juin 1 07 /06 /Juin 21:07
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