Parce que tous les dragueurs ne sont pas à la noix, la définition est ici.

Si après ça vous avez toujours envie de taper sur la souris, c'est par .

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Ni de métier plus grand que le métier de souris (oui je cache assez bien ma grosse tête derrière mes grandes oreilles). Considérez donc ce billet comme une variation sur le thème du précédent.

Jeune homme distingué, un peu raide, qui un soir, dans une rue passante, s'exerçait à la prise du osotosouri, également appelée "je n'ai pas l'habitude de / charmante / se revoir". La souris para d'un rapide uta-padami, autrement dit "j'ai déjà quelqu'un". Homme d'honneur et ne voulant se dédire de son réel intérêt, le voilà qui propose de l'accompagner jusqu'à sa toute proche station de métro, traçant en l'air d'un geste ferme le terme déjà en vue de cette relation, fil tranché avant d'avoir été noué : nous n'irons pas plus loin ensemble. Voilà de quoi mettre une souris en confiance. Echange de prénoms, échange de métiers. Ah! s'écrie-t-il mortifié, je tombe toujours sur des femmes qui ont fait de meilleures études que moi !

Tiens, se dit la souris, mais non, pourquoi, elles sont très bien aussi ses études à lui.

Tiens, se dit la souris, je croyais pourtant qu'il n'avait pas l'habitude (de demander leur métier à des inconnues dans la rue).

Tiens, se dit la souris, est-ce donc rhédibitoire d'avoir fait de meilleures études que lui ?

Tiens, lui répondit finalement la souris, c'est une compétence intéressante, il faudrait la valoriser, un petit talent dans le domaine du recrutement peut-être ?

Ils se quittèrent après de cordiaux adieux, et la souris monta dans son métro, bercée de douces pensée. Elle songeait, la souris, qu'il était bien agréable, dix ans après avoir pour la première fois foulé le sol parisien, d'en être arrivée à un tel degré de détachement, de ne plus être nerveuse au moindre contact avec un autrui inconnu, de pouvoir parler, plaisanter, jouer le jeu en sachant que ça ne prête pas à conséquence, de ne plus être spontanément inquiète quand un homme lui dit qu'elle lui plaît, et elle se disait, la souris, que ce blog l'avait bien aidée à prendre tout cela à la légère, et... Fuque ! s'exclama-t-elle en voyant le nom de la station suivante.

Un tel degré de détachement, la souris, qu'elle en avait pris son métro dans le mauvais sens.

Samedi 6 février 2010 6 06 /02 /2010 12:12
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Voilà bien longtemps que mes derniers billets ont été écrits tout proprement au stylo bleu dans un joli cahier soigneusement recouvert (je bluffe, ce cahier est un torchon et je suis seule à déchiffrer mon écriture) et comme une blonde que je suis pourtant de moins en moins avec l'âge je me rends soudain compte que foutredieu, mais c'est bien sûr, si mes articles sont dans mon cahier alors personne ne peut les lire (je n'ai pas poussé le vice capillaire jusqu'à attendre des commentaires dans les marges mais je me disais bien qu'il y avait quelque chose de décevant dans ce mode d'auto-édition). Alors voilà.

Les dragueurs sont fans de sociologie. Au moins inconsciemment, ils n'aiment rien tant que pouvoir déterminer où vous vous situez, quelle classe, quel niveau, quelle branche, et si celle-ci est assez proche de la leur pour vous cueillir facilement.

Celui-ci, impatient dans un wagon de train vide, se penchait par-dessus l'épaule de la studieuse souris. "T'es étudiante ?" Les stylos, les papiers, les bouquins de la souris parlèrent plus vite qu'elle. La souris n'est plus étudiante, elle fait un métier qui agit en général sur le dragueur moyen un peu comme une souris sur une ménagère de dessin animé des années 50 - ça les fait grimper sur les  tables en hurlant de terreur et en serrant leur pantalon autour de leurs chevilles. Mais pas celui-là :

"Oh, t'as fait des études ! Moi je regrette, j'en ai pas fait ! Avec des études, faut dire, tu gagnes vachement plus !"

Devant le scepticisme de la souris, le dragueur voulut alors comparer pour voir qui avait la plus longue (fiche de paie).

De fait, avec son bac moins sable, il gagnait d'une courte main sur la souris, avec son bac plus des bananes.

Et c'est drôle, mais son intérêt pour la conversation tomba immédiatement. A croire qu'il cherchait une femme pour l'entretenir, ou que se trouvant subitement mieux loti qu'il ne croyait il ait revu ses exigences à la hausse.

Ou que le sordide de la situation l'ait soudain frappé, allez savoir.


Vendredi 5 février 2010 5 05 /02 /2010 15:37
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Un mois après la clôture des contributions, le jury a eu tout loisir de délibérer en son for intérieur (et c'était pas facile) (parce que le for intérieur d'une souris, c'est super petit, surtout pour les débats houleux de tout un jury) (ce fut donc ce qu'on appelle des délibérations serrées) et va enfin rendre publics les résultats du Grand Concours à la noix 2009.

Le jury tient tout d'abord à remercier tous ceux qui, par leur contribution, ont fait de ce concours un grand... enfin bref, surtout un... hem... disons... un... un concours avec davantage de participants que de membres du jury, voilà.

Et, c'est vrai, le choix a été rude. Le sujet, je le rappelle, était : que feriez-vous avec le numéro de téléphone de ce dragueur à la noix ?

Les contributions ont fait montre d'une inventivité folle, avec deux catégories principales : le pourrissage de numéro (Tibo et sa Natacha sur flyers rose fluo) et le rendez-vous foireux (Vincent et l'idée du bar gay, Dr Gizmo et celle de la fille crade) (qui ne peut pas marcher, et pour cause : je ne connais aucune fille crade) (ni aucun mort de faim susceptible de faire son dégoûté pour une pauvre question d'hygiène).

Mais c'est la proposition suivante de Célib' qui a remporté l'unanimité de tous les suffrages de moi-même à la majorité absolue (je me permets de citer, pour ne pas trahir les vibrants accents de ce texte sublime) :

Une fille appelle le loustique, sans jamais donner son prénom.
lui: "c'est qui?"
elle:"c'est moi?"
lui: "qui ça moi?"
elle: "ben moi, c'est quoi ce bordel t'en as combien des filles qui t'appellent!!!! et comment ça se fait que mon prénom s'affiche pas sur ton téléphone t'as effacé mon numéro???"
lui: 'Mais c'est qui?"
elle: "Arrête de me prendre pour une conne! tu sais très bien qui c'est! t'es vraiment comme les autres toi tu tires ton coup et après tu te casses sans explication t'es vraiment qu'un crétin va falloir les assumer tes responsabilités maintenant que tu m'as mise enceinte!!!!"


Le jury a grandement apprécié cette contribution pour son style simple, direct, aussi dynamique  et efficace qu'un poing dans ta face, mais également et surtout pour l'usage qu'elle fait de la cohérence interne du discours du dragueur à la noix, s'appuyant sur ses propos pour les matérialiser dans leurs ultimes conséquences en ce qui finit par ressembler à une ébauche de réfutation par l'absurde.

L'intéressée recevra donc le prix du concours, à savoir le numéro de téléphone du dragueur en question pour en faire ce que bon lui semble, et ses louanges chantées par la Souris.

Les louanges. Où sont les louanges. Passez-moi les louanges. Ah. Bon. Hum.

La partie du Jury qui était responsable de l'approvisionnement en paquets de louanges s'étant malencontreusement emmêlé les oreilles entre "louanges" et "langes", va falloir improviser avec les moyens du bord. Faudra pas plaindre les rimes boiteuses et les vers estropiés. Voici donc :


A Célib',
Ode en vers et contre noix

Ton idée, ô Célib', est si réjouissante
Qu'elle emporte les coeurs de toutes les souris
Et c'est avec raison qu'on te nomme aujourd'hui
A bon titre Célibattante.

Contre le mâle-otru ton verbe est si puissant
Qu'il faudrait inventer le terme de "misandre"
Si la haine pouvait un seul instant surprendre
Un sourire si resplendissant ;

Oui, le rire est ton arme, et des plus efficaces :
Des langues bien pendues tu es la Walkyrie
Et contre les insultes, et contre les menaces
Tu triomphes d'un mot et demi.

Pourfendant le dragueur, évinçant l'hystrion,
Tu défies l'arrogant qui te prendrait pour conne ;
Car tu as, au service de tous les bouffons,
Yeux de biche - et dents de lionne.

Jeudi 1 octobre 2009 4 01 /10 /2009 13:30
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Dans le soir tombant, la souris, pantalon noir et chemise bleue, fait les cent pas, air absorbé, téléphone à la main, devant un bâtiment public, attendant des amis en retard.

Voilà une bande de petits malins qui entrent à côté d'elle.

"Eh mademoiselle, tu fais la sécurité ?"

...

J'ai beau bomber le torse et rouler des mécaniques maintenant, j'arrive pas à trouver une chute.

Lundi 28 septembre 2009 1 28 /09 /2009 09:02
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L'air emprunté dans son étroit costume sombre, grand, très grand, pas loin de deux mètres de haut sans doute, il est ce jeune homme qui croise aux abords de la place de la Madeleine en fin d'après-midi et vous adresse la parole de façon impromptue - audacieux sans cesser d'avoir l'air emprunté :

"J'ai une chance avec vous, mademoiselle ? Une toute petite chance ?"

L'approche est modeste, presque trop : au premier "j'ai une chance ?" qui semblait audacieux, l'ajout d'"une toute petite chance" semble impliquer que le jeune homme ne croit pas trop lui-même en ses espérances et donne au tout un air de demander l'aumône, un aspect orphelin perdu qui joue bizarrement avec l'entrée de jeu très saut à l'élastique.
N'empêche, c'était mignon. Poli, d'abord. Le jeune homme demande une autorisation de draguer avant de passer à l'action. C'est rare, puisque la caractéristique du dragueur de rue est de passer outre. Passer outre, verbe intransitif en langue dragualanoisienne, puisqu'il admet tant de compléments (votre humeur, votre statut marital, votre manque d'envie, votre train à prendre, votre NON sans équivoque) qu'aucun n'est finalement nécessaire. Là, non : plutôt que de jetter son énergie contre votre gré, notre dégingandé prend la peine d'installer les conditions du dialogue, en vérifiant qu'il peut au moins avoir lieu. A prendre ou à laisser, il vous donne le choix sans exiger de raisons de garder votre porte fermée.
Touchant, ensuite, sentimentalement parlant. Si vous dites oui, vous savez de quoi il sera question : le jeune homme vous demande explicitement de lui laisser une chance de vous séduire. Sans appuyer, il met donc d'entrée de jeu le sujet sur le terrain, tout en esquissant un mouvement de retrait comme par anticipation de votre refus.
Et puis, mais quelle originalité : au lieu de commencer par un compliment, au lieu de tout focaliser sur votre personne, l'interminable jeune homme ose se mettre en jeu lui-même. Il vous demande de le mesurer, comme ça, à vue de nez : chance ? Pas de chance ? C'est votre avis sur lui qui est en jeu avant tout, pas son envie de vous (qui est sous-jacente, certes, puisqu'il vous demande, mais non formulée, et c'est délicat). Il ne cherche pas à forcer votre intimité, mais à éveiller votre attention. Regardez-le d'un peu plus près. Allez-vous lui laisser sa chance ?


La souris lui a dit non, avec un grand sourire, d'abord parce qu'elle est déjà prise, sa chance, ensuite parce qu'elle était en retard pour aller manger des glaces avec une très bonne amie, ce qui est sacré.
Sans cela... La souris se serait sans doute arrêtée, juste pour le plaisir, pour voir comment il allait l'employer, cette toute petite chance.

Lundi 31 août 2009 1 31 /08 /2009 19:45
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Parfois, comme un naturaliste découvrant une espèce de colléoptères non encore répertoriée, on rencontre un specimen suffisamment original pour être digne d'un article à lui tout seul. C'est rare, et de plus en plus à mesure que s'accroît la grande encyclopédie des dragueurs à la noix, mais ça arrive.
Et puis parfois, on en rencontre deux d'un coup.

Ou plus exactement, ces deux-là forment une expérience insécable, valent l'un par l'autre, ne peuvent être vendus séparément, puisque par leurs similitudes ils permettent de généraliser, de poser en quelque sorte le canon de l'espèce. Et la souris adore généraliser.

Le premier était tombé sur le poil de la souris au moment où elle arrivait à la gare pour y attendre son train une demi-heure – donc oui, elle avait le temps de discuter, mais pas là, non, pas au bout du quai désaffecté, dans le coin sombre derrière l'entrepôt de machines réformées, plutôt par là, où il y a de la lumière et plein de gens, tu vois.

Et une fois le premier laissé à courir d'autres chances sur le quai de la gare, le second, voyez-vous, était carrément dans le train. Je suppose que personne ne me contredira si j'avance que « voisine de train », c'est un peu le top en matière de public captif.

Or ce qui est intéressant dans la coïncidence – deux dln en moins d'une heure ! – , c'est la similitude des approches de ces deux jeunes gens que bien des points rapprochaient. Même âge à peu près, tous les deux nés en Afrique de l'ouest et venus en France faire leurs études, même mélange d'assurance infaillible et de voix curieusement basse, à la limite de l'inaudible. Et non, ce n'était pas un seul et même dragueur, désolée, tous les noirs ne se ressemblent pas.

Tous deux ont commencé de manière assez classique à poser des questions auxquelles ils oubliaient eux-mêmes de répondre – nom, âge, travail – et que la souris leur retournait avec constance. Et puis sont venues les Questions. Les mêmes, chez les deux, au point de se demander s'ils s'étaient donné le mot. Et arrivant au même stade, c'est-à-dire au moment où la souris avait clairement manifesté qu'elle vivait heureuse en couple (et prévoyait d'avoir beaucoup d'enfants). Donc, les Questions, et la première, d'abord :

« Combien d'hommes tu as eu ? »

ça, c'est une question fort indiscrète à poser à une parfaite inconnue. Elle est destinée, je suppose, à tester si la demoiselle est, ou non, une « chaudasse », et si elle l'admet ou non – autrement dit, sonder sa largesse d'esprit, si j'ose dire. Mais la question semble vraiment importante puisqu'elle arrive très rapidement chez tous deux. On peut penser qu'il y a derrière cette interrogation l'idée d'une sorte de loi des grands nombres : une femme qui a eu de nombreux amants sera plus à même d'en avoir de nouveaux. Une sorte de prolongation de la logique de la défloration : une fois une femme déflorée, « il n'y a pas de compteur là », comme l'écrit Marjane Satrapi dans Broderies, donc elle peut coucher avec qui elle veut : seul le premier pas compte. De même, si une femme a eu de nombreux amants, sa réputation et/ou sa pudeur sont déjà « déflorées » : pas d'obstacle, donc, pour les suivants ; elle n'a pas de raison de refuser, puisqu'au-delà d'un certain seuil le crime ne s'aggrave plus.

L'idée derrière cela serait donc que le principal motif pour une femme de refuser de coucher avec un homme est la préservation de sa réputation, sinon de sa virginité. J'aurais pour ma part plutôt tendance, pour ce genre de décision, à me demander avant tout si l'homme en question me plaît ou non ; mais visiblement, pour ces dragueurs à la noix, qu'une femme puisse choisir ses amants en fonction de ses goûts et non du qu'en dira-t-on ne leur vient pas à l'esprit.

Reste à savoir où se situe le seuil en question pour ces jeunes gens. Beaucoup, c'est à partir de combien ? Plus de dix ? Cinq ? Ou même... Plus d'un ?

A cette question, quoi qu'il en soit, la réponse est, tout naturellement : « je t'en pose, des questions ? »

La seconde question, là encore commune à tous les deux, concernait le copain de la souris :

« C'est un quoi ? »

Bizarre, comme question. Ben, c'est un homme, quoi ! C'est un garçon ! Ah, OK, tu veux savoir s'il est français. Ou blanc. Ou les deux. C'est encore plus bizarre, comme question. La raison m'en fut donnée par la suite de la conversation avec le second, qui dura plus longtemps, trajet en train oblige : celui-là ne pouvait pas, comme l'autre, se défiler une fois apparu bien clairement qu'avec la souris y'aurait pas moyen – « voisin de train », c'est un peu le top en matière de public captif, niark niark – il lui fallait donc entretenir la conversation avec, peut-être, l'espoir de convaincre par de nouveaux arguments.

Il s'agissait, en s'informant de la blanchitude du copain de la souris, de pouvoir établir une comparaison et le jeune homme argua que si la souris n'avait jamais couché avec un Africain (j'emploie ses termes), elle ratait quelque chose. Que la vie était courte, et qu'il ne fallait pas manquer une expérience. Pour ce dernier argument, oh certes, mais dans ce cas, la souris en manquera beaucoup : elle n'a jamais essayé les femmes, par exemple, ni plus de x partenaires simultanés – et quand bien même ç'eût été le cas, n'y a-t-il pas toujours une combinaison qui nous échappe et que l'on n'a pas essayée ? Diantre ! Et vous alliez mourir sans avoir connu cela ? Non, cela fait bien longtemps que la souris a renoncé à tout essayer avant de mourir – cela fait beaucoup trop, sans même compter les crimes – et décidé de se contenter de jouir de ce qu'elle a plutôt que plaindre ce qu'elle manque.

Quant au premier argument... Ne pas avoir « connu » un Africain, c'est manquer quelque chose. Diable. J'avais pourtant bien lu chez Gaston Kelman (Je suis noir et je n'aime pas le manioc, 2003), au chapitre « Je suis noir et j'en ai une petite », que la taille du sexe des noirs était un mythe destiné à les assimiler à des êtres purement physiques, voire à des animaux (et tiens, comme je suis d'humeur généreuse, je vais citer le paragraphe en question dans les commentaires, parce que c'est drôlement bon). Et voilà que j'ai en face de moi un noir qui me ressort fièrement ce mythique avantage avec un sourire en coin.

Je ne peux pas le traiter de raciste. Quoique. Mais le train est bientôt arrivé.
Je ne vais pas non plus lui dire que la taille ne compte pas.
Ni que certains blancs, ma foi...
Non, en fait, j'aurais dû demander à voir la marchandise. Oui, oui, là, dans le train, devant tout le monde. Après tout, qui de nous deux a commencé à tenir des propos inconvenants ?

Lundi 24 août 2009 1 24 /08 /2009 08:53
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Il y a des jours où les dragueurs à la noix tombent dru. Oh, non, pas un jour comme celui-ci, non. Pas de regards admiratifs, d'attitudes chaleureuses, de voix vibrantes de gravité ; mais des abordages francs, clairs, frontaux, dans la rue, un, puis deux, puis trois, qui répètent « tu es belle », « tu es très belle », « t'es tellement belle », « t'es vraiment trop belle » comme pour s'en convaincre : car aujourd'hui la souris n'est pas belle, aujourd'hui la souris est, quel est le mot déjà, défaite, précisément, défaite, d'une trop courte nuit les cernes au milieu des joues, le teint terne, les yeux brouillés par une glace intérieure, le maintien courbe et chancelant comme si son propre poids lui était de trop, le pas alourdi et morne, les cheveux qui ressemblent à n'importe quoi, ne nous racontons pas d'histoires de bad hair days des cheveux comme ça ce sont des cheveux sales et puis c'est tout, les larmes prêtes à jaillir, la bouche amollie de doutes, sans maquillage et habillée de terne, aujourd'hui la souris est plus grise encore que d'habitude, la souris est l'ombre de son ombre.

Et c'est précisément sous les pas de cette souris-là que les dragueurs à la noix semblent naître comme les pétales de roses sous ceux d'une princesse des Mille et une nuits.

Ce qui me ramène à un sujet que j'avais promis de traiter à Lledelwin il y a près de six mois (non, je n'oublie pas les nombreuses promesses faites dans les commentaires, je suis très lente, c'est tout). Car ce n'est pas la première fois que je le remarque : ce n'est pas les jours où vous êtes au top que les dragueurs à la noix sont les plus nombreux, mais au contraire lorsque vous êtes au plus bas ; et il y a fort à parier qu'à travers la buée de vos larmes ce n'est pas une épaule consolatrice que vous verrez apparaître, mais bien le rictus satisfait du profiteur de faiblesse.

Les dragueurs à la noix ne sont pas tout à fait des charognards. Ils ne s'attaquent pas aux cadavres. Ah, ça, non, ce serait vraiment pervers. Mais  ils savent en revanche parfaitement distinguer l'animal le plus faible de la horde, celui qu'il sera facile d'isoler, d'encercler et de pousser à bout. Celui qui présente une faille. Ce qui les attire, sachez-le bien, jeunes filles éplorées, ce n'est pas le charme touchant de vos larmes, mais l'odeur du sang. Vous êtes un animal blessé ; il ne tient qu'à eux d'agrandir la plaie pour s'en repaître.

Oh, n'imaginez pas une seule seconde que vos états d'âme puissent passer inaperçus. Les bons jours, oui, peut-être : votre joie est toute intérieure ; elle vous donne une force, un air décidé, nul ne pourrait vous arrêter. Mais vos mauvais jours sont autant d'appels à la maltraitance publique. On vous bousculera sans cesse ; tous les mal lunés en quête d'un prétexte d'énervement, tous les tarés en mal de conversation seront pour vous. En humeur triste, votre pas se fait hésitant ; vous n'avez pas l'air bien sûre de vous ; vous semblez toute perdue ; votre corps est sans résistance, le moindre impact vous fait trébucher, il n'en faudrait pas beaucoup pour vous mettre par terre. Vous êtes l'image de la vulnérabilité, vous attirez les fâcheux comme un aimant, chacun sait qu'il pourra aisément vous subvertir.

Et puis surtout, vos yeux sont si grand ouverts. Jamais comme aux jours de grande tristesse je n'ai eu tant conscience de leur prise au vent. Votre regard, brouillé par un désastre intérieur, s'ouvre très grand sur un horizon élargi. Vos yeux tristes sont comme l'accroc dans la voile où la tempête s'engouffre pour la déchirer de part en part : leur lenteur est telle qu'ils ne savent esquiver ; capter leur attention pour vous captiver, jeu d'enfant. Chacun de vos regards, étendue d'eau glacée, est un appel à l'aide, et de l'aide vous n'en aurez pas, mais l'appel demeure : triste, vous vous offrez à ceux qui vous entourent bien plus que lorsque vous vous suffisez à vous-même.

De fait, vous offrez une technique d'approche en or au premier qui vous repère : « Pourquoi t'es triste comme ça ? C'est dommage... » a-t-il dit, les bras grands ouverts. Ainsi d'un seul mouvement avance-t-il l'ébauche d'un compliment, mais presque sous forme d'un neg – tu serais tellement jolie si tu ne faisais pas la gueule – et une question très intime destinée à vous faire causer, à rentrer en contact.

La souris l'a esquivé, tournant vers le ciel deux mains fatalistes en haussant les épaules. Qui sait pourquoi je suis triste ? Pas toi, ni maintenant ni après. Car elle sait bien qu'aucun dragueur à la noix n'apportera consolation. Oh, non, il n'est pas là pour vous écouter, pour vous comprendre, pour vous rassurer, pour vous donner de bons conseils – ce genre de choses qui pourraient peut-être vous permettre de remonter la pente, de reprendre quelques forces – mais pour vous forcer à la joie, vous apprendre que vous ne devez pas être triste dès lors qu'il fait attention à vous, pour vous secouer, vous mortifier dans votre faiblesse, vous arracher peut-être un rire excessif car vous lui devez bien ça – ou alors, si jamais cela ne marche pas, si vous persistez à être ailleurs, pour manifester son dépit par quelque insulte en réserve.

Marché de dupe que celui du dragueur à la noix qui vous propose son affection pour vous consoler de vos soucis ; car il n'accepte, en fait, de sembler prendre intérêt à votre peine qu'à la seule condition que vous l'évacuerez immédiatement pour tourner toute votre attention sur lui. Il ne veut, en fait, pas du tout avoir affaire à votre affliction. Il ne vous a pas trouvée intéressante parce que votre tristesse l'a ému, mais parce qu'elle vous rendait vulnérable ; il ne peut l'admettre que tant qu'elle lui prépare le terrain et lui cède immédiatement la place.

Il vous fera penser à autre chose, superficiellement, peut-être quelques instants, mais n'attendez pas le moindre réconfort de celui qui, percevant votre faiblesse, n'a pensé qu'à ce qu'il en pourrait obtenir.

Dimanche 16 août 2009 7 16 /08 /2009 23:33
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Tout est dans le titre, mais je sens que vous demandez des explications.
Dix-neuf secondes, c'est le temps qu'a passé la souris tranquille sur un joli banc d'une jolie place parisienne (quand on est de bonne humeur, on voit tout en joli), à déguster un petit pain gastronomique.
Au bout de dix-neuf secondes, il est arrivé, une clope à la main, demandant à la souris si la fumée la gênait en s'asseyant à côté d'elle sur le banc. Et puisque la question était posée, la souris répond poliment "oui", ce qui est la stricte vérité.

"Eh mais va te faire foutre c'est une place publique je paye mes impôts si t'es pas contente t'as qu'à rentrer chez toi."

La simple logique aurait voulu que la souris répondisse "Mais pourquoi diable avez-vous posé la question dans ce cas."
La logique un peu plus complexe laissait entrevoir, à l'ampleur de l'empilement verbal qui s'était accumulé sur son pauvre petit "oui", que l'individu n'avait qu'une envie, c'était de prolonger la conversation, de préférence sur un mode belliqueux et plus si affinités.
La souris se contenta donc de pouffer dans son déjeuner gastronomique en pensant à la joie que ce serait d'épingler un aussi beau spécimen dans sa collection, car l'humour sauve tout, même un déjeuner au soleil.
Dix-neuf secondes de tranquillité et des heures de rire.

Vendredi 24 juillet 2009 5 24 /07 /2009 00:45
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Une porte s'était ouverte sans bruit sur un côté du couloir et elle s'était avancée devant moi, non pas soudainement mais comme une évidence, avancée au rythme décidé du compas de ses jambes sur des talons aiguilles interminables, avec ses bas couture, avec son tailleur épousant parfaitement chaque courbe d'un corps irréprochable, avec sa coiffure impeccable d'un blond si platine que presque blanc découvrant la nuque effilée, soixante ans peut-être mais comme elle est consciente d'être, absolument, un modèle, une icône tandis qu'elle évolue sous les projecteurs de ce couloir, faisant jouer sa taille ainsi qu'un majestueux balancier selon l'axe impeccable du dos le plus droit du monde, soixante ans peut-être mais les formes les plus sculpturales et en même temps une classe folle, comme si Grace Kelly, au lieu de s'applatir façon steak haché au bas d'une route de montagne, s'était fossilisée derrière cette porte-là de ce couloir rougement moquetté pour en ressortir à cet instant précis devant nos yeux incrédules, ondulante, parfaite, intacte sous toutes les coutures, à peine un peu ridée, un peu décolorée par le temps, comme une rose gelée ; elle s'éloigne et elle passe devant cet homme assis qui surveille le couloir et qui comme moi reste suspendu à cette silhouette incroyable, à ce charme intemporel qui s'éloigne à pas maîtrisés, s'éloigne encore un peu et soudain un regard par-dessus l'épaule, lancé, audacieux, nous surprenant, lui, moi, sous l'effet de son charme, juste un regard pour vérifier qu'elle a bien produit son effet, de toute évidence oui, elle a eu ce qu'elle voulait, elle se retourne, elle poursuit son chemin nimbée de son aura, déplacée, irréelle, photographique.

(Ceci étant le maillon tardif d'une chaîne aimablement refilée par Klixte, je propose donc à _El_, Cinn et... Gauthier, tiens, pour meubler ses vacances, de raconter leur rencontre, réelle ou non, avec une personne célèbre.)

Lundi 22 juin 2009 1 22 /06 /2009 15:00
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Mais le temps passe, le temps passe, et avec cette fichue douleur récidivante au poignet j'en ai oublié l'anniversaire des trois ans de ce blog. Lequels trois ans furent pourtant fêtés dignement en un lieu historique par d'historiques personnages réunis pour une véritable apothéose de drague à la noix ici.

Or si vous avez bien lu l'article, honorés lecteurs, vous savez donc que je tiens un numéro de portable de dragueur à la noix de compétition, bonne présentation, expérience dans de nombreux domaines, à la disposition de toute jeune fille qui souhaiterait « faire un petit métisse », ou de n'importe qui d'autre à n'importe quelles fins. Si ça n'est pas un joli cadeau d'anniversaire.

Plutôt que vendre mon importante collection de trophées (cartes de visites, mails, numéros de téléphones, adresses de Myspace, mèches de cheveux, bouquets de fleurs fanés, rognures d'ongles) un de ces soirs sur Ebay pour connaître enfin la fortune, je lance donc un grand concours à la noix, disons jusqu'au 31 août minuit, dans les commentaires de cet article ou sur votre propre blog (en signalant votre participation ici dans les commentaires) si vous en avez un, sur le thème : que peut-on faire avec le numéro de téléphone de ce dragueur à la noix ? Les propositions seront ensuite évaluées par un jury composé de moi-même.

Le gagnant ou la gagnante verra ses louanges chantées par la souris et recevra le numéro de téléphone en question.

Étonnez-moi, Benoît.

Vendredi 12 juin 2009 5 12 /06 /2009 13:43
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