Ceci n'est pas une noix

Si vous avez envie de taper sur la souris, rendez-vous ici.

Parce que tous les dragueurs ne sont pas des dragueurs à la noix... La définition est ici.


Et si vous préférez les chats, c'est par .

Vendredi 9 mai 2008
Toute petite déjà, genre 3 ou 4 ans, la souris en jupe provoquait des émeutes dans la cour de l'école maternelle. Mais ça, c'était sans doute parce que sa maman oubliait régulièrement de lui mettre une culotte. Maintenant qu'elle est grande, la souris, bien sûr, fait bien attention à mettre des sous-vêtements, mais ça la fait toujours beaucoup rire de voir à quel point la simple envie d'une jupe modifie instantanément 50% des rapports humains - comme si les hommes voulaient forcément vérifier, pour la culotte.

Bref, c'était sans désir particulier de provoquer une émeute que la souris s'en allait enjuponnée acheter des fraises au marché.
Le marchand de fraises était un gentil vieux monsieur qui, au moment où la souris sortait son cabas pliable de mémé écolo, lui dit "oh, il est joli, votre sac". A ces mots son assistant, un jeune sosie de Romain Duris, s'exclama de façon fort théâtrale que c'était pas possible, d'avoir une fille comme ça en face de soi et de la complimenter sur son sac. La souris rougit au point d'en oublier les qualificatifs employés et s'en fut, ramassant ses jupons, finir ses courses de souris.

Au moment où elle quittait les lieux, la souris se trouva cependant hélée. A deux pas d'elle, un Romain Duris passablement essoufflé de lui avoir couru après s'excusait de n'avoir pas l'habitude de ce genre de pratique, et lui demandait si elle habitait par là. Oh oui, dit la souris. J'habite ici. Avec mon amoureux, ajouta-t-elle, avec une pointe de cruauté et un doigt d'innocence feinte. Romain Duris croissait en confusion :

"Ah parce que je me disais, enfin j'ai pas l'habitude, mais je me disais, une fille comme ça, on croise pas tous les jours, mais voilà, enfin je me disais, elle a pas de bague, au doigt, quoi, peut-être on sait jamais, mais enfin, tu me dis comme ça que t'as un copain, alors j'imagine que ça veut dire, enfin que c'est pas trop possible quoi, mais bon, tu dis, t'as un copain, je sais pas, peut-être t'as l'intention d'en changer, non? Peut-être il gagne pas assez bien sa vie? Parce qu'une jolie fleur comme toi, pardon, mais hein! Alors non? C'est sûr? Bon en tous cas, moi, c'est Romain, et toi?"

La candeur de Romain Duris était presque aussi étonnante que sa maladresse. Mais que faire? Hm. La souris lui donna son vrai nom de souris, et va tâcher de se souvenir de son vrai prénom à lui - pas Romain, évidemment - d'ici les prochaines fraises. L'échange aura été presque trop honnête.
par La Souris Blonde publié dans : Portraits de dragueurs à la noix communauté : la vie quotidienne des blondes
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Jeudi 1 mai 2008
(Mine de rien, les dragueurs à la noix fêtent aujourd'hui leurs 2 ans, malgré quelques intermittences... Alors pour offrir à ce blog autre chose qu'un coup de pied aux fesses, un grand, un beau, un mémorable :)

La souris a grandi tout pas loin d'une ville avec de grandes avenues bordées de maisons monumentales, grandes assez pour héberger sur cinq générations une famille de réfractaires à toute contraception, et d'arbres qui cachent la forêt de maisons. Une ville où l'on ne se méfie pas précisément de la modernité, non, pas exactement, mais disons qu'on prend des précautions. Une ville riche d'histoire et de traditions, une ville où, à l'ombre des vénérables façades de la noblesse désargentée mais digne, refleurissent péniblement, à grand renfort d'engrais religieux et de châtiments corporels, les vraies valeurs de la France. En d'autres termes, une bonne ville de fachos.

Quoi! La souris, dans une ville de fachos? Oh, rien d'étonnant à cela. Même les greniers les plus propres sur eux hébergent en leurs profondeurs quelques rongeurs nuisibles.

La vie n'était d'ailleurs pas si dure dans ce grenier. Après tout, même dans les villes à forte proportion de jupes à carreaux et pulls bleu marine, on trouve toujours un nombre appréciable de personnes fréquentables avec lesquelles jeunesse agréablement se passe. Et les conversations autour des prochaines JMJ valent bien celles sur la Nouvelle Star. Au point même que parfois, on en oublie qu'on vit dans une ville de fachos.

Bref, un jour la souris avait accepté de donner son numéro de téléphone, ou plutôt celui de ses parents, à un jeune garçon. Puis, par téléphone, d'aller prendre un verre avec lui. Histoire de voir si l'on avait autre chose à partager qu'un breuvage plus ou moins désaltérant et plus ou moins alcoolisé.

Le jeune homme était enthousiaste, démonstratif, sûr de lui. D'une voix forte, il enchaînait les grandes déclarations destinées à faire de lui un candidat éligible à la souricitude. Jusqu'à ce qu'il proclame, bombant le torse pour mieux gonfler ses juvéniles pectoraux :

"Pour moi, dans la vie, y'a trois choses auxquelles faut pas toucher (et, ce disant, il montrait trois doigts d'un geste vigoureux), trois choses sacrées : la France (un petit temps), l'Armée (nouvelle ponctuation), et la Famille."

Il affirma cela d'un ton péremptoire, un air curieusement martial sur son visage encore presque glabre, sans se douter que par ces mots il venait de s'assurer d'une chose à laquelle lui, en tous cas, ne toucherait jamais.
par La Souris Blonde publié dans : Portraits de dragueurs à la noix communauté : la vie quotidienne des blondes
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Mardi 22 avril 2008
Il y a des jours où la moitié de l'humanité vous regarde.
Pourtant, vous n'avez pas de jupe, pas de talons hauts, pas de maquillage aujourd'hui, pas vraiment coiffée, des cernes jusqu'au milieu du visage. Mais quelque chose est différent.
Ces jours-là, tous les visages sont levés vers vous quand vous entrez dans le métro. Chaque fois que vous vous retournez, vous surprenez un homme en train de remettre brusquement la tête à l'endroit, comme s'il ne se l'était pas dévissée l'instant d'avant. La contemplation de votre visage semble passionner les passant.
Pourtant, aucun bouton d'acné géant n'a émergé sur votre nez ce matin et vous avez vérifié, vous n'avez pas de reste de purée de courgette collé à la joue.
Mais tous les regards que vous croisez se font insistants - les yeux masculins restent collés dans les votres aussi irrésistiblement que dans de la glue. Le monsieur vous tend un regard appuyé en même temps que votre ticket de consigne, et tarde à lâcher celui-ci, comme s'il voulait retenir votre main le temps d'un long regard filtrant, affûté et luisant entre les cils. Les "bonjours" d'ordinaire si mécaniques des vigiles s'attardent en inflexions flatteuses qui vous font presser le pas.
Pourtant - mais qu'est-ce qu'ils ont, aujourd'hui?
Mais cela continue avec acharnement, ces regards furtifs pris dans vos rets avec une expression étonnée, surprise. C'est très bizarre. Un attrait incompréhensible, comme si vous étiez aimantée, parfumée, ou que vous aviez utilisé le bon déodorant. Comme si vous dégagiez l'aura irrésistible d'une bombe sexuelle, alors que vous n'avez rien fait pour paraître une bombe sexuelle. Un peu inquiétante au début, ce genre d'aventure devient presque comique au bout de quelques heures - un bon running gag.
Oh, je vous vois venir de loin, à m'accuser d'autoflagornerie, alors je précise : c'est pas comme ça tous les jours, non plus. Mais comme une réputation de blonde prétentieuse, mine de rien, ça s'entretient, j'ajoute : rarement plus d'une fois par semaine, finalement.
C'était un jour comme celui-là que la souris doubla, sur un escalier roulant, ce jeune homme dont la large carrure amenuisait d'autant les possibilités de passage. D'où le "pardon" de la souris, avec sa toute petite voix de souris. Le jeune homme se serra un peu, se retournant légèrement, son regard tressaillit à peine et se planta dans la souris : "Mais je vous en prie", répondit-il d'une voix de basse très appliquée, déployant toutes les ressources de gravité virile qu'il était humainement possible de concentrer dans une phrase aussi courte.
La souris se sentit soudain petit souriceron rouge.
Oh, mère-grand, que vous avez une grosse voix.
par La Souris Blonde publié dans : Portraits de dragueurs à la noix
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Mardi 15 avril 2008
A la fin de la séance et après le débat, comme dit Casanova, tandis que les auditeurs quittent peu à peu la salle, le monsieur vénérable passe entre les sièges, adressant, en hôte bienveillant, un mot à chacun de ceux qui, déja debout, tardent par petits groupes à finir leurs échanges, signalant sa connivence aux habitués du cercle, brisant la fine glace qui enveloppe encore les nouveaux venus.

Pour celui qui n'est jamais d'accord, il a un mot gentil sur les vertus de la contradiction. Une phrase sibylline pour celui dont on ne comprend pas les questions. Au spécialiste des détails un détail croustillant. Un article lu de la veille, ou du mois dernier, qui intéressera celui-ci. Une question pour celui-là, dont il ne se souvient plus bien ce qui l'intéresse.

Au tour de la souris, verte en ces lieux, de recevoir un mot d'amabilité.

"Il y avait beaucoup de jeunes femmes, aujourd'hui, c'est bien ! ça fait plaisir ! D'habitude, on est entre vieux bonshommes !"

Sourire poli. Puis, comme un écho, la souris entend la phrase resservir pour deux ou trois autres, qui sourient aussi gentiment au vieux monsieur réjoui de ce qu'il y ait eu, ce jour-là, contrairement à l'ordinaire, beaucoup de jeunes femmes, ce qui améliorait, à n'en pas douter, le décor.

Au féru de bibliophilie, il parlera de reliures. Au jeune scientifique nouvellement arrivé, quelques questions sur ses recherches. Pour l'étranger de passage il se trouvera des liens avec son pays.

Mais aux jeunes femmes de l'assistance, il n'aura su parler, finalement, que de leur jeunesse et de leur féminité, rien au-delà - dernier rempart contre lequel se heurte sa largesse d'esprit.
par La Souris Blonde publié dans : Relations humaines, trop humaines communauté : la vie quotidienne des blondes
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Lundi 7 avril 2008
Le sujet "drague et racisme" était, de toute évidence, un gros sujet miné (non, je n'ai pas dit un sujet gros miné) (zut, si), mais vu votre ardeur à en découdre dans les commentaires, visiblement, tout le monde en redemande. Go on, make my day.

Au courrier des lecteur cette semaine, le jeune Tony, Grand Maître du Grand
Râteau de France, suggère cette addition au sujet :

Pour avoir fait pas mal de soirées avec des amis maghrébins, je peux t'assurer que nombre d'entre eux ont une conception assez binaire de la nature féminine en Europe occidentale. Les femmes se rangent en deux catégories : les musulmanes chastes et pratiquantes d'un côté, et les putes de l'autre. Les premières sont des femmes qu'ils respectent, le genre dont on fait des épouses et des mères.
Les secondes, à partir du moment où elles ne vivent pas selon le Coran, et affichent leur libéralisme sexuel, sont catégorisées comme objets sexuels disponibles, et ne peuvent s'attendre qu'à des égards très limités.
Je pense que tout cela est profondément ancré dans la culture maghrébine. Et si l'on ajouté l'historique colonial et la volonté de nombre d'entre eux de vouloir prendre leur revanche en "baisant la France", on voit qu'on tient là un terrain particulièrement favorable à l'éclosion de DALNs agressifs, voire très agressifs (ex.: prendre un train de banlieue vers minuit un vendredi ou samedi soir ).


Hélas, cher Tony, je vais te décevoir, je ne te réfuterai pas en balançant tout plein de petits chiffres comme autant de goutelettes d'eau bénite sur tes propos sulfureux, puisqu'il faudrait être aveugle pour nier le lien profond entre culture, éducation et comportement dragualanoisiques - l'indépendance d'esprit n'est pas la caractéristique essentielle du dragueur à la noix. Certes, comme tu le soulignes, certains discours religieux, sociaux ou familiaux sont de véritables pépinières de dragueurs à la noix virulents, armes et argumentaires pour mépriser leur objet de convoitise, et j'irai jusqu'à dire que si l'on suit leur logique, nul besoin d'afficher son libéralisme sexuel pour être une "pute" : pour certains, sortir de chez soi non accompagnée suffit pour se déshonorer. Autant dire que selon ces critères, la plus bigotte des vieilles filles de la paroisse de saint Nicolas du Chardonnet est, elle aussi, une pute lorsqu'elle va faire ses courses toute seule à Shopi.

Non, ce que je conteste avec véhémence, c'est l'idée selon laquelle ce constat appartiendrait à une réflexion sur "drague et racisme". Et comme la véhémence passe assez mal à l'écrit, on remplacera par la quantité, pour changer.

De racisme, dans ce que tu avances, il n'est nullement question.

Ton propos serait tout à fait à sa place dans un article sur "drague et culture", qui traiterait des racines anthropologiques de la drague, ou encore sur "drague et sexisme", qui traiterait de l'influence de certaines conceptions de la femme sur les comportements dragualanoisiques - lesquelles deux thématiques pourraient être reliées au sein d'une grande étude sur "image culturelle de la femme et drague à la noix".

Laquelle étude ne serait pas complète sans un bout d'anthropologie des climats tempérés du nord. Il faudrait, par exemple, se demander combien d'hommes, chez nous autres petits blancs de France, d'Europe ou d'Amérique, ne pourraient envisager d'épouser une femme avec laquelle ils auraient eu certaines pratiques sexuelles. Comme si, là aussi, la mère de mes enfants et une femme sexuellement libérée, c'était deux choses bien distinctes. Combien d'hommes considèrent d'une jeune femme violée qu'elle l'a "bien cherché". Combien interdisent à leur copine le port de vêtements qui les fait saliver sur d'autres. Et même si ce genre d'inconscient collectif est plus masqué, moins ouvertement assumé dans les discours sous nos climats (ou tout simplement moins visible parce que nous baignons dedans), il est très manifeste que certains bons Français font, eux aussi, une nette différence entre leur femme (la maman) et celle qu'ils croisent seule dans la rue (la putain, nécessairement). La culture chrétienne, catholique ou protestante, n'a, je crois, pas beaucoup à envier à l'Islam sur ce point - ou alors c'est une question de degré, c'est-à-dire de temps de décantation.

Autrement dit, les idéologies dangereuses ne sont pas le monopole des maghrébins, loin de là.

C'est pourquoi l'important, quand on parle de "drague et racisme", ce n'est pas d'insister sur les raisons qui font de l'"autre" visible un dragueur à la noix, mais bien de montrer qu'on ne saurait associer drague à la noix et choc des cultures.

Parce que si ce que tu décris est très juste, ça n'en est pas moins dangereux. Ce sont ces vérités qui donnent du grain à moudre aux bons français qui pensent que seuls les arabes manquent de respect aux jeunes filles.

Et le danger de trop insister sur l'assimilation entre idéologie islamique et drague à la noix, si on ne la prend pas avec des pincettes, c'est précisément qu'elle fournit le lien causal entre la première configuration évoquée (le racisme envers les dragueurs de couleur) et la seconde (le racisme des dragueurs de couleur). En mettant l'accent sur les racines culturelles qui expliqueraient pourquoi les maghrébins seraient forcément agressifs et insultants envers les Françaises, on légitime la haine envers une population issue de l'immigration, rendant d'autant plus difficile son intégration. D'où un sentiment de rejet qui s'exprime de manière revancharde par une agressivité envers les Françaises en tant que représentant la France, et par un discours insistant sur le clivage même dont ces dragueurs souffrent. Ces deux figures du racisme - le racisme envers les dragueurs, le racisme des dragueurs - ce sont les deux faces d'un même malaise social, chaque attitude agressive contribuant à entretenir et renforcer celle d'en face.

Je finirais bien par une blague sur l'origine ethnique des cercles vicieux, mais parler de malaise social me donne rarement envie de rire, en fait. La prochaine fois, choses légères et réconciliation des peuples.
par La Souris Blonde publié dans : Caractéristiques du dragueur à la noix
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Vendredi 4 avril 2008
Monsieur Tt soulevait récemment une question relativement brûlante pour qui aborde le sujet de l'abordage des sujettes* à Paris. La sujette est un joli petit poisson d'eau douce, de la même famille que l'ablette ou l'objette. Pratique à faire sauter à la poêle pour soi, la sujette se déguste aussi crue en soi. Attention néanmoins, une consommation excessive de ce petit poisson peut entraîner des troubles de la perception et du jugement : on parle alors de sujettivisme. Mais nous nous éloignons du sujet. Monsieur Tt soulevait donc une question brûlante, celle des relations troubles entre drague, haine de la drague, haine de l'autre et même carrément racisme.

Question d'autant plus brûlante qu'elle brûle, pour ainsi dire, aux deux bouts. Autrement dit, on ne sait pas par où la prendre sans se crâmer les doigts. Je saisis mes mots avec une pincette et je les dépose en tremblant à l'heure où j'écris ces lignes, de peur, une fois de plus, que mon propos soit mal compris, tant les esprits sont échauffés sur ces sujets.

A un bout... A un bout, la souris est confrontée aux préjugés hélas très ordinaires de certains de ses interlocuteurs. Certains qui, lorsque la souris, le soir au coin du feu, raconte une histoire de dragueur à la noix, soupçonnent immédiatement quelque sombre raison au fond de l'affaire: "Mais ton dragueur, là... Allez... Il était un peu... Enfin, quoi... Pas bien Français, non? Un peu bronzé, quoi?" Des gens pour qui, en gros, les gros lourds des trottoirs parisiens ne peuvent être qu'arabes - ou sinon, c'est qu'ils sont noirs. Honnêtement, je n'ai pas fait de statistiques, mais c'est complètement faux. Il y a, dans ces pages, des nationalités diverses et variées, et largement autant de "français de souche" ou de fervents catholiques que de français de la 2e génération ou de musulmans non pratiquants.

C'est bizarre, d'ailleurs, ce préjugé raciste envers les dragueurs à la noix. Comme si la mufflerie ne faisait pas partie, elle aussi, de l'héritage culturel français. Comme si ceux qui draguent ma femme, veulent me piquer ma copine ou importunent les demoiselles de ma connaissance étaient toujours forcément "les autres". Assimiler drague à la noix et immigration, c'est un peu comme assimiler immigration et chômage, immigration et criminalité. Tout le monde sait bien que les crimes et le chômage n'existaient pas, quand on était encore "entre nous", non? Ah non? Bon. Alors certes, il y a des spécialités locales, des cultures différentes de la drague. Mais honnêtement, entre la grossièreté autosatisfaite du dragueur à accent parigot et l'inquiétant chuchotement du dragueur à accent du 9-3... Mon dieu, on ne sait que choisir! Je n'arrive pas à dire lequel me déplaît le plus.

Donc, pas plus que tous les dragueurs à la noix ne sont noirs ou arabes, réciproquement, tous les noirs ou arabes ne sont pas des dragueurs à la noix, évidemment. Sauf que certains le sont. Et c'est là que le problème se corse.

A l'autre bout... Une des caractéristiques universelles du dragueur à la noix, c'est qu'une fois que sa proie lui échappe, il ne manque jamais de l'insulter. Avec talent et incisives. Le dragueur à la noix sait comment faire mal. C'est même sa principale arme de nuisance : puisqu'il n'a pas plu à cette fille, lui déplaire le plus possible, lui pourrir sa journée pour avoir au moins gagné la sienne. C'est une victoire comme une autre, que Sade n'aurait pas reniée : quand on ne peut pas faire crier une jeune fille de plaisir, autant la faire crier de souffrance.

Le racisme vient ici jouer un rôle assez tordu, ou plutôt l'accusation de racisme. Le dragueur blanc utilisera n'importe quelle insulte, de préférence sexiste, pour rabaisser celle qui n'a pas répondu à ses avances ; il mettra en doute ses capacités orgasmiques, sa sociabilité, ses chances de rencontrer l'amour, sa beauté, sa confiance en elle, sa bonne foi même. Pour le dragueur noir ou arabe, l'insulte est toute trouvée : plutôt que de traiter la jeune fille de pute ou de mal baisée, "raciste", ça claque, non? "Sale pute de raciste", encore mieux, n'est-ce pas ? Pourquoi se priver.

Je ne nie absolument pas la bonne foi qu'il peut y avoir au fond. Qu'un homme puisse être réellement persuadé qu'on le refuse parce qu'il est noir, et non parce qu'il est lourd ou parce qu'il est impoli, et furieux à cause de cela, c'est tout à fait possible. C'était sans doute le cas ici, par exemple. De même que les autres dragueurs à la noix sont honnêtement persuadés que toutes les femmes sont à la fois des putes et des mal  baisées.

Ce qui fait de cet homme un dragueur à la noix, c'est qu'il suppose a priori que la femme aurait dû lui céder, qu'il la considère comme acquise, à prendre, qu'il n'envisage même pas sa liberté à elle de le choisir ou non. Et de sa déception, plutôt que la considérer comme liée à une rencontre ponctuelle entre deux personnes, il fait une généralité. Forcément, si elle me refuse, moi qui suis un homme, c'est qu'elle n'aime pas les hommes : mal baisée. Si elle me refuse, moi qui ai la peau plus foncée, c'est qu'elle n'aime pas les hommes à la peau plus foncée : raciste.
Plutôt que se demander ce qui, chez lui, a vraiment déplu, le dragueur à la noix stigmatise l'autre pour se rassurer lui-même.

Et c'est là que ça devient drôle, enfin, si on veut. Que fait le dragueur à la noix qui suppose sa proie d'être raciste?

Soit il se comporte en dragueur à la noix générique, et la traite de mal baisée.
Insulte sexiste, c'est-à-dire réduisant l'autre à sa seule génitalité.

Soit, et c'est le plus fréquent, il modèle sa réponse sur le comportement qu'il a supposé chez l'autre, et la traite de sale Française.
Insulte raciste, c'est-à-dire réduisant l'autre à sa seule appartenance ethnique.

Autrement dit, dans un cas comme dans l'autre, le dragueur à la noix est prêt à bondir pour, la minute d'après, faire lui-même en vrai ce dont il vous accuse à tort.

Non, décidément, on ne prendra pas de bonnes leçons de tolérance chez les dragueurs à la noix.
par La Souris Blonde publié dans : Caractéristiques du dragueur à la noix
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Lundi 31 mars 2008
Le vieux monsieur dînait seul, non loin de la table où la souris prenait un verre avec quelques camarades particulièrement joyeux, et c'est au milieu d'une joyeuse tirade du plus joyeux de la bande qu'il s'adressa à lui, d'une voix de fausset curieusement appliquée, prononçant soigniyeusement le subjonctif :

"Vous a-t-on déjà dit que vous ressembliez à Toulouse-Lautrec?"

Coupé au beau milieu d'un éclat de rire, le joyeux ne perdit pas contenance et répondit d'un ton à peine aigre :

"Vous ne dites pas ça pour la taille, j'espère."

"Je vois que vous êtes au parfum!" s'extasia le vieil homme dans un hululement, jubilant de placer cette expression qui avait dû être cool pour la dernière fois dans les années 1940. Puis il se lança dans une tirade dansante, soulignée de gracieuses arabesques de la main :

"J'aime, quand je viens le soir, ici, oui, j'aime jouer - je joue - je cherche les ressemblances avec des gens célèbres, vous voyez, c'est un peu mon violon d'Ingres... Mais vous avez vraiment quelque chose, oui..."

Ici, le joyeux le coupa d'un joyeux "bon appétit!" qui ne laissait aucune équivoque sur sa volonté de le laisser finir son assiette tranquille.

Il faudra lui dire, au vieux monsieur, la prochaine fois. Pour badiner avec les jeunes gens, Brad Pitt ou Johnny Depp peignent moins bien, mais marchent mieux.
par La Souris Blonde publié dans : Relations humaines, trop humaines communauté : la vie quotidienne des blondes
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Vendredi 28 mars 2008
Se balader avec un instrument de musique sur le dos, c'est vraiment comme nager en traînant un filet de pêche après soi. On ramasse les poissons les plus patauds.

Le monde se divise en deux catégories. Ceux qui savent quel est le bizarre instrument que trimbale la souris, et en profitent pour engager la conversation.

Et ceux qui ne savent pas. Et en profitent pour engager la conversation. Aujourd'hui par exemple, ça donnait ça :

    (Inspiré) "Je pense que c'est une guitare avec un manche de basse."

    (Béant) "Un tuba? Un xylophone?"

    (Surexcité)  Hé!, Moi je joue de l'harmonica!"

    (Pédant) "C'est un oud, n'est-ce pas?

    (Presbyte) "C'est une contrebasse, votre truc?"

Mais la palme revient à ce monsieur qui ne manquait pas d'humour :

    "Mademoiselle, mademoiselle!... vous transportez un piano ?"


Et tant qu'à racoler artistique, j'en profite pour rappeler à ceux qui ne l'ont pas encore fait de voter pour _El_, mardi ce sera trop tard!
par La Souris Blonde publié dans : Phrases qui tuent communauté : la vie quotidienne des blondes
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Mercredi 26 mars 2008
"Eh, mademoiselle, tu veux un chocobon?"

Oh ça, c'est gentil, comme proposition. Et original surtout, plus qu'un banal "on va prendre un verre?" ou bien encore "un café, pour faire connaissance?" Et judicieusement à propos de surcroît, puisqu'après tout, à huit heures et demie du matin, la souris aurait très bien pu sortir sans avoir pris de petit déjeuner.

Sauf qu'au teint du jeune homme et à l'absence de toute barre chocolatée dans sa main, n'importe quelle souris aurait très vite compris qu'il s'agissait d'une métaphore plutôt osée. A moins d'être une
vraiment très innocente souris, et de ne connaître d'autre péché que le chocolat au lait.

Mais la souris déclina l'offre avec un sourire, et de ce sourire le dragueur chocolaté conclut qu'il pouvait continuer la conversation, tandis que leurs chemins suivaient la même direction. Il poursuivit par quelques compliments habituels, curieusement en retrait par rapport à l'audace de l'apostrophe initiale. Il était en veine de confidences; et son discours prit des voies encore plus inattendues lorsqu'il se mit à parler de sa copine.

Oui, avant même que la souris ait eu le temps de dégainer
la parade "j'ai déjà un copain", laquelle, comme on sait, est complètement inefficace contre les dragueurs à la noix, puisqu'ils fonctionnent selon l'éprouvé principe du "quand y'en a pour un, y'en a pour deux."

Et ça donnait à peu près ceci:


"Ouais, tu vois, je vais rejoindre ma copine, là."

(Tentative de prouver qu'il n'est pas needy, qu'au contraire, il n'en a rien à faire, de la souris, puisqu'il a déjà une copine. Le propos se veut paradoxalement sécurisant: petite souris, en sortant avec ce dragueur-là, tu sors avec un mec testé et approuvé, mais en plus, tu n'auras même pas à assumer une vraie relation, puisqu'une autre s'en charge déjà.)

"T'as vu, elle m'attend, elle est jolie et tout, elle m'aime, et moi, qu'est-ce que je fais, je veux la tromper."

(Alors que la première phrase énonçait "j'ai pas besoin de toi, mais je veux bien te faire une faveur",
la stratégie opère ici un subtil revirement, sous-entendant que le pouvoir d'attraction de la souris est tel qu'aucun homme, même heureux en couple, n'y résiste. La souris est ici clairement mise dans le rôle sulfureux de la dark lady, mystérieuse et attirante, briseuse d'amours légitimes. Et là, que voulez-vous répondre d'autre que Wouahou, comme c'est romanesque?

"Rah j'suis vraiment un vaurien, ouais."

(Après avoir titillé la
Rebecca qui sommeille en chacune, nouveau revirement: parler à l'infirmière qui sommeille pas loin (oui, il y a beaucoup de choses qui sommeillent ensemble à l'intérieur d'une souris, tout cela n'est pas bien moral, mais nous nous éloignons du sujet). En se présentant comme un mauvais garçon, le jeune homme cherche à éveiller un intérêt pour sa rédemption : peut-être, qui sait, la souris est-elle seule capable de le remettre dans le droit chemin? L'annonce sonne un peu comme un défi: toi avec qui je ferais volontiers des infidélités à ma légitime, seras-tu capable de me rendre fidèle? Tentée? Non?)

Au fait, non. Avec ses poses de bad boy, il était par trop amer, l'ami du petit déjeuner.
par La Souris Blonde publié dans : Portraits de dragueurs à la noix communauté : la vie quotidienne des blondes
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Vendredi 21 mars 2008

La bibliothèque était immense, longée d'imposants pilliers à chapiteaux, de majestueux rayons de lumière traversaient ses lointaines fenêtres, soulignant la hauteur de la voûte décorée d'étoiles et de rosaces, et la souris se sentait saisie d'un saint respect en parcourant d'un pas humble les travées silencieuses bordées de sacrés bouquins.

Levant les yeux pourtant, elle vit soudain s'avancer vers elle une divine apparition. Haute et souple, si diaphane qu'elle semblait la source de la lumière qui adoucissait ses traits, les yeux extraordinairement allongés, les pommettes hautes, elle avait le pas majestueux de ces Vénus de Botticelli qui ne s'avancent jamais sans que l'air autour d'elles ne se mette à valser gracieusement.

Et comme l'apparition la regardait d'un air aimable, juste avant de tomber à genoux, la souris la reconnut.

C'était Carla Bruni.

Oui, oui, à la bibliothèque. Face à la souris.

Et, chose plus étrange encore, Carla Bruni disait bonjour à la souris. Pourtant, d'abord, la souris ne connaît pas Carla Bruni, mais en plus, Carla Bruni avait encore moins de chance de connaître la souris, vu que la souris, même sans lunettes noires, elle est pas très connue. En tous cas, Carla Bruni disait bonjour à la souris.

Laquelle lui mit un vent. Eh oui, que voulez-vous, quand une apparition vous salue par surprise, on n'a pas toujours assez de présence d'esprit pour réagir à temps.

La souris lui mit un vent, et deux secondes plus tard, lui vint à l'esprit que ce n'était pas Carla Bruni. Non. Plus vraisemblablement la petite soeur d'un ami, pas vue depuis l'époque où elle suçait son pouce, ou à peu près. Bah oui, évidemment : Carla Bruni, de nos jours, elle n'est plus belle à ce point, surtout en vrai.

Bref, la souris rattrappa la divine apparition pour s'excuser platement et lui dire que désolée, juste elle l'avait prise pour Carla Bruni. Laquelle dit ah, euh, oui, ok, et s'en fut (continuant à faire danser l'air et ses voiles en fines vaguelettes translucides).

Voilà, c'était l'anecdote de la honte de la souris à la noix.

Mais c'est vrai que la dernière personne qui m'avait dit "Eh, tu serais pas la meuf à Karembeu? Adriana? Ah non s'cuse moi, je t'avais prise pour la femme à Karembeu. Et sinon, on peut prendre un verre?", je ne l'avais pas trouvée très crédible, non plus.

par La Souris Blonde publié dans : Phrases qui tuent communauté : la vie quotidienne des blondes
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