Parce que tous les dragueurs ne sont pas à la noix, la définition est ici.

Si après ça vous avez toujours envie de taper sur la souris, c'est par .

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Un mois après la clôture des contributions, le jury a eu tout loisir de délibérer en son for intérieur (et c'était pas facile) (parce que le for intérieur d'une souris, c'est super petit, surtout pour les débats houleux de tout un jury) (ce fut donc ce qu'on appelle des délibérations serrées) et va enfin rendre publics les résultats du Grand Concours à la noix 2009.

Le jury tient tout d'abord à remercier tous ceux qui, par leur contribution, ont fait de ce concours un grand... enfin bref, surtout un... hem... disons... un... un concours avec davantage de participants que de membres du jury, voilà.

Et, c'est vrai, le choix a été rude. Le sujet, je le rappelle, était : que feriez-vous avec le numéro de téléphone de ce dragueur à la noix ?

Les contributions ont fait montre d'une inventivité folle, avec deux catégories principales : le pourrissage de numéro (Tibo et sa Natacha sur flyers rose fluo) et le rendez-vous foireux (Vincent et l'idée du bar gay, Dr Gizmo et celle de la fille crade) (qui ne peut pas marcher, et pour cause : je ne connais aucune fille crade) (ni aucun mort de faim susceptible de faire son dégoûté pour une pauvre question d'hygiène).

Mais c'est la proposition suivante de Célib' qui a remporté l'unanimité de tous les suffrages de moi-même à la majorité absolue (je me permets de citer, pour ne pas trahir les vibrants accents de ce texte sublime) :

Une fille appelle le loustique, sans jamais donner son prénom.
lui: "c'est qui?"
elle:"c'est moi?"
lui: "qui ça moi?"
elle: "ben moi, c'est quoi ce bordel t'en as combien des filles qui t'appellent!!!! et comment ça se fait que mon prénom s'affiche pas sur ton téléphone t'as effacé mon numéro???"
lui: 'Mais c'est qui?"
elle: "Arrête de me prendre pour une conne! tu sais très bien qui c'est! t'es vraiment comme les autres toi tu tires ton coup et après tu te casses sans explication t'es vraiment qu'un crétin va falloir les assumer tes responsabilités maintenant que tu m'as mise enceinte!!!!"


Le jury a grandement apprécié cette contribution pour son style simple, direct, aussi dynamique  et efficace qu'un poing dans ta face, mais également et surtout pour l'usage qu'elle fait de la cohérence interne du discours du dragueur à la noix, s'appuyant sur ses propos pour les matérialiser dans leurs ultimes conséquences en ce qui finit par ressembler à une ébauche de réfutation par l'absurde.

L'intéressée recevra donc le prix du concours, à savoir le numéro de téléphone du dragueur en question pour en faire ce que bon lui semble, et ses louanges chantées par la Souris.

Les louanges. Où sont les louanges. Passez-moi les louanges. Ah. Bon. Hum.

La partie du Jury qui était responsable de l'approvisionnement en paquets de louanges s'étant malencontreusement emmêlé les oreilles entre "louanges" et "langes", va falloir improviser avec les moyens du bord. Faudra pas plaindre les rimes boiteuses et les vers estropiés. Voici donc :


A Célib',
Ode en vers et contre noix

Ton idée, ô Célib', est si réjouissante
Qu'elle emporte les coeurs de toutes les souris
Et c'est avec raison qu'on te nomme aujourd'hui
A bon titre Célibattante.

Contre le mâle-otru ton verbe est si puissant
Qu'il faudrait inventer le terme de "misandre"
Si la haine pouvait un seul instant surprendre
Un sourire si resplendissant ;

Oui, le rire est ton arme, et des plus efficaces :
Des langues bien pendues tu es la Walkyrie
Et contre les insultes, et contre les menaces
Tu triomphes d'un mot et demi.

Pourfendant le dragueur, évinçant l'hystrion,
Tu défies l'arrogant qui te prendrait pour conne ;
Car tu as, au service de tous les bouffons,
Yeux de biche - et dents de lionne.

Jeudi 1 octobre 2009
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Dans le soir tombant, la souris, pantalon noir et chemise bleue, fait les cent pas, air absorbé, téléphone à la main, devant un bâtiment public, attendant des amis en retard.

Voilà une bande de petits malins qui entrent à côté d'elle.

"Eh mademoiselle, tu fais la sécurité ?"

...

J'ai beau bomber le torse et rouler des mécaniques maintenant, j'arrive pas à trouver une chute.

Lundi 28 septembre 2009
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L'air emprunté dans son étroit costume sombre, grand, très grand, pas loin de deux mètres de haut sans doute, il est ce jeune homme qui croise aux abords de la place de la Madeleine en fin d'après-midi et vous adresse la parole de façon impromptue - audacieux sans cesser d'avoir l'air emprunté :

"J'ai une chance avec vous, mademoiselle ? Une toute petite chance ?"

L'approche est modeste, presque trop : au premier "j'ai une chance ?" qui semblait audacieux, l'ajout d'"une toute petite chance" semble impliquer que le jeune homme ne croit pas trop lui-même en ses espérances et donne au tout un air de demander l'aumône, un aspect orphelin perdu qui joue bizarrement avec l'entrée de jeu très saut à l'élastique.
N'empêche, c'était mignon. Poli, d'abord. Le jeune homme demande une autorisation de draguer avant de passer à l'action. C'est rare, puisque la caractéristique du dragueur de rue est de passer outre. Passer outre, verbe intransitif en langue dragualanoisienne, puisqu'il admet tant de compléments (votre humeur, votre statut marital, votre manque d'envie, votre train à prendre, votre NON sans équivoque) qu'aucun n'est finalement nécessaire. Là, non : plutôt que de jetter son énergie contre votre gré, notre dégingandé prend la peine d'installer les conditions du dialogue, en vérifiant qu'il peut au moins avoir lieu. A prendre ou à laisser, il vous donne le choix sans exiger de raisons de garder votre porte fermée.
Touchant, ensuite, sentimentalement parlant. Si vous dites oui, vous savez de quoi il sera question : le jeune homme vous demande explicitement de lui laisser une chance de vous séduire. Sans appuyer, il met donc d'entrée de jeu le sujet sur le terrain, tout en esquissant un mouvement de retrait comme par anticipation de votre refus.
Et puis, mais quelle originalité : au lieu de commencer par un compliment, au lieu de tout focaliser sur votre personne, l'interminable jeune homme ose se mettre en jeu lui-même. Il vous demande de le mesurer, comme ça, à vue de nez : chance ? Pas de chance ? C'est votre avis sur lui qui est en jeu avant tout, pas son envie de vous (qui est sous-jacente, certes, puisqu'il vous demande, mais non formulée, et c'est délicat). Il ne cherche pas à forcer votre intimité, mais à éveiller votre attention. Regardez-le d'un peu plus près. Allez-vous lui laisser sa chance ?


La souris lui a dit non, avec un grand sourire, d'abord parce qu'elle est déjà prise, sa chance, ensuite parce qu'elle était en retard pour aller manger des glaces avec une très bonne amie, ce qui est sacré.
Sans cela... La souris se serait sans doute arrêtée, juste pour le plaisir, pour voir comment il allait l'employer, cette toute petite chance.

Lundi 31 août 2009
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Parfois, comme un naturaliste découvrant une espèce de colléoptères non encore répertoriée, on rencontre un specimen suffisamment original pour être digne d'un article à lui tout seul. C'est rare, et de plus en plus à mesure que s'accroît la grande encyclopédie des dragueurs à la noix, mais ça arrive.
Et puis parfois, on en rencontre deux d'un coup.

Ou plus exactement, ces deux-là forment une expérience insécable, valent l'un par l'autre, ne peuvent être vendus séparément, puisque par leurs similitudes ils permettent de généraliser, de poser en quelque sorte le canon de l'espèce. Et la souris adore généraliser.

Le premier était tombé sur le poil de la souris au moment où elle arrivait à la gare pour y attendre son train une demi-heure – donc oui, elle avait le temps de discuter, mais pas là, non, pas au bout du quai désaffecté, dans le coin sombre derrière l'entrepôt de machines réformées, plutôt par là, où il y a de la lumière et plein de gens, tu vois.

Et une fois le premier laissé à courir d'autres chances sur le quai de la gare, le second, voyez-vous, était carrément dans le train. Je suppose que personne ne me contredira si j'avance que « voisine de train », c'est un peu le top en matière de public captif.

Or ce qui est intéressant dans la coïncidence – deux dln en moins d'une heure ! – , c'est la similitude des approches de ces deux jeunes gens que bien des points rapprochaient. Même âge à peu près, tous les deux nés en Afrique de l'ouest et venus en France faire leurs études, même mélange d'assurance infaillible et de voix curieusement basse, à la limite de l'inaudible. Et non, ce n'était pas un seul et même dragueur, désolée, tous les noirs ne se ressemblent pas.

Tous deux ont commencé de manière assez classique à poser des questions auxquelles ils oubliaient eux-mêmes de répondre – nom, âge, travail – et que la souris leur retournait avec constance. Et puis sont venues les Questions. Les mêmes, chez les deux, au point de se demander s'ils s'étaient donné le mot. Et arrivant au même stade, c'est-à-dire au moment où la souris avait clairement manifesté qu'elle vivait heureuse en couple (et prévoyait d'avoir beaucoup d'enfants). Donc, les Questions, et la première, d'abord :

« Combien d'hommes tu as eu ? »

ça, c'est une question fort indiscrète à poser à une parfaite inconnue. Elle est destinée, je suppose, à tester si la demoiselle est, ou non, une « chaudasse », et si elle l'admet ou non – autrement dit, sonder sa largesse d'esprit, si j'ose dire. Mais la question semble vraiment importante puisqu'elle arrive très rapidement chez tous deux. On peut penser qu'il y a derrière cette interrogation l'idée d'une sorte de loi des grands nombres : une femme qui a eu de nombreux amants sera plus à même d'en avoir de nouveaux. Une sorte de prolongation de la logique de la défloration : une fois une femme déflorée, « il n'y a pas de compteur là », comme l'écrit Marjane Satrapi dans Broderies, donc elle peut coucher avec qui elle veut : seul le premier pas compte. De même, si une femme a eu de nombreux amants, sa réputation et/ou sa pudeur sont déjà « déflorées » : pas d'obstacle, donc, pour les suivants ; elle n'a pas de raison de refuser, puisqu'au-delà d'un certain seuil le crime ne s'aggrave plus.

L'idée derrière cela serait donc que le principal motif pour une femme de refuser de coucher avec un homme est la préservation de sa réputation, sinon de sa virginité. J'aurais pour ma part plutôt tendance, pour ce genre de décision, à me demander avant tout si l'homme en question me plaît ou non ; mais visiblement, pour ces dragueurs à la noix, qu'une femme puisse choisir ses amants en fonction de ses goûts et non du qu'en dira-t-on ne leur vient pas à l'esprit.

Reste à savoir où se situe le seuil en question pour ces jeunes gens. Beaucoup, c'est à partir de combien ? Plus de dix ? Cinq ? Ou même... Plus d'un ?

A cette question, quoi qu'il en soit, la réponse est, tout naturellement : « je t'en pose, des questions ? »

La seconde question, là encore commune à tous les deux, concernait le copain de la souris :

« C'est un quoi ? »

Bizarre, comme question. Ben, c'est un homme, quoi ! C'est un garçon ! Ah, OK, tu veux savoir s'il est français. Ou blanc. Ou les deux. C'est encore plus bizarre, comme question. La raison m'en fut donnée par la suite de la conversation avec le second, qui dura plus longtemps, trajet en train oblige : celui-là ne pouvait pas, comme l'autre, se défiler une fois apparu bien clairement qu'avec la souris y'aurait pas moyen – « voisin de train », c'est un peu le top en matière de public captif, niark niark – il lui fallait donc entretenir la conversation avec, peut-être, l'espoir de convaincre par de nouveaux arguments.

Il s'agissait, en s'informant de la blanchitude du copain de la souris, de pouvoir établir une comparaison et le jeune homme argua que si la souris n'avait jamais couché avec un Africain (j'emploie ses termes), elle ratait quelque chose. Que la vie était courte, et qu'il ne fallait pas manquer une expérience. Pour ce dernier argument, oh certes, mais dans ce cas, la souris en manquera beaucoup : elle n'a jamais essayé les femmes, par exemple, ni plus de x partenaires simultanés – et quand bien même ç'eût été le cas, n'y a-t-il pas toujours une combinaison qui nous échappe et que l'on n'a pas essayée ? Diantre ! Et vous alliez mourir sans avoir connu cela ? Non, cela fait bien longtemps que la souris a renoncé à tout essayer avant de mourir – cela fait beaucoup trop, sans même compter les crimes – et décidé de se contenter de jouir de ce qu'elle a plutôt que plaindre ce qu'elle manque.

Quant au premier argument... Ne pas avoir « connu » un Africain, c'est manquer quelque chose. Diable. J'avais pourtant bien lu chez Gaston Kelman (Je suis noir et je n'aime pas le manioc, 2003), au chapitre « Je suis noir et j'en ai une petite », que la taille du sexe des noirs était un mythe destiné à les assimiler à des êtres purement physiques, voire à des animaux (et tiens, comme je suis d'humeur généreuse, je vais citer le paragraphe en question dans les commentaires, parce que c'est drôlement bon). Et voilà que j'ai en face de moi un noir qui me ressort fièrement ce mythique avantage avec un sourire en coin.

Je ne peux pas le traiter de raciste. Quoique. Mais le train est bientôt arrivé.
Je ne vais pas non plus lui dire que la taille ne compte pas.
Ni que certains blancs, ma foi...
Non, en fait, j'aurais dû demander à voir la marchandise. Oui, oui, là, dans le train, devant tout le monde. Après tout, qui de nous deux a commencé à tenir des propos inconvenants ?

Lundi 24 août 2009
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Il y a des jours où les dragueurs à la noix tombent dru. Oh, non, pas un jour comme celui-ci, non. Pas de regards admiratifs, d'attitudes chaleureuses, de voix vibrantes de gravité ; mais des abordages francs, clairs, frontaux, dans la rue, un, puis deux, puis trois, qui répètent « tu es belle », « tu es très belle », « t'es tellement belle », « t'es vraiment trop belle » comme pour s'en convaincre : car aujourd'hui la souris n'est pas belle, aujourd'hui la souris est, quel est le mot déjà, défaite, précisément, défaite, d'une trop courte nuit les cernes au milieu des joues, le teint terne, les yeux brouillés par une glace intérieure, le maintien courbe et chancelant comme si son propre poids lui était de trop, le pas alourdi et morne, les cheveux qui ressemblent à n'importe quoi, ne nous racontons pas d'histoires de bad hair days des cheveux comme ça ce sont des cheveux sales et puis c'est tout, les larmes prêtes à jaillir, la bouche amollie de doutes, sans maquillage et habillée de terne, aujourd'hui la souris est plus grise encore que d'habitude, la souris est l'ombre de son ombre.

Et c'est précisément sous les pas de cette souris-là que les dragueurs à la noix semblent naître comme les pétales de roses sous ceux d'une princesse des Mille et une nuits.

Ce qui me ramène à un sujet que j'avais promis de traiter à Lledelwin il y a près de six mois (non, je n'oublie pas les nombreuses promesses faites dans les commentaires, je suis très lente, c'est tout). Car ce n'est pas la première fois que je le remarque : ce n'est pas les jours où vous êtes au top que les dragueurs à la noix sont les plus nombreux, mais au contraire lorsque vous êtes au plus bas ; et il y a fort à parier qu'à travers la buée de vos larmes ce n'est pas une épaule consolatrice que vous verrez apparaître, mais bien le rictus satisfait du profiteur de faiblesse.

Les dragueurs à la noix ne sont pas tout à fait des charognards. Ils ne s'attaquent pas aux cadavres. Ah, ça, non, ce serait vraiment pervers. Mais  ils savent en revanche parfaitement distinguer l'animal le plus faible de la horde, celui qu'il sera facile d'isoler, d'encercler et de pousser à bout. Celui qui présente une faille. Ce qui les attire, sachez-le bien, jeunes filles éplorées, ce n'est pas le charme touchant de vos larmes, mais l'odeur du sang. Vous êtes un animal blessé ; il ne tient qu'à eux d'agrandir la plaie pour s'en repaître.

Oh, n'imaginez pas une seule seconde que vos états d'âme puissent passer inaperçus. Les bons jours, oui, peut-être : votre joie est toute intérieure ; elle vous donne une force, un air décidé, nul ne pourrait vous arrêter. Mais vos mauvais jours sont autant d'appels à la maltraitance publique. On vous bousculera sans cesse ; tous les mal lunés en quête d'un prétexte d'énervement, tous les tarés en mal de conversation seront pour vous. En humeur triste, votre pas se fait hésitant ; vous n'avez pas l'air bien sûre de vous ; vous semblez toute perdue ; votre corps est sans résistance, le moindre impact vous fait trébucher, il n'en faudrait pas beaucoup pour vous mettre par terre. Vous êtes l'image de la vulnérabilité, vous attirez les fâcheux comme un aimant, chacun sait qu'il pourra aisément vous subvertir.

Et puis surtout, vos yeux sont si grand ouverts. Jamais comme aux jours de grande tristesse je n'ai eu tant conscience de leur prise au vent. Votre regard, brouillé par un désastre intérieur, s'ouvre très grand sur un horizon élargi. Vos yeux tristes sont comme l'accroc dans la voile où la tempête s'engouffre pour la déchirer de part en part : leur lenteur est telle qu'ils ne savent esquiver ; capter leur attention pour vous captiver, jeu d'enfant. Chacun de vos regards, étendue d'eau glacée, est un appel à l'aide, et de l'aide vous n'en aurez pas, mais l'appel demeure : triste, vous vous offrez à ceux qui vous entourent bien plus que lorsque vous vous suffisez à vous-même.

De fait, vous offrez une technique d'approche en or au premier qui vous repère : « Pourquoi t'es triste comme ça ? C'est dommage... » a-t-il dit, les bras grands ouverts. Ainsi d'un seul mouvement avance-t-il l'ébauche d'un compliment, mais presque sous forme d'un neg – tu serais tellement jolie si tu ne faisais pas la gueule – et une question très intime destinée à vous faire causer, à rentrer en contact.

La souris l'a esquivé, tournant vers le ciel deux mains fatalistes en haussant les épaules. Qui sait pourquoi je suis triste ? Pas toi, ni maintenant ni après. Car elle sait bien qu'aucun dragueur à la noix n'apportera consolation. Oh, non, il n'est pas là pour vous écouter, pour vous comprendre, pour vous rassurer, pour vous donner de bons conseils – ce genre de choses qui pourraient peut-être vous permettre de remonter la pente, de reprendre quelques forces – mais pour vous forcer à la joie, vous apprendre que vous ne devez pas être triste dès lors qu'il fait attention à vous, pour vous secouer, vous mortifier dans votre faiblesse, vous arracher peut-être un rire excessif car vous lui devez bien ça – ou alors, si jamais cela ne marche pas, si vous persistez à être ailleurs, pour manifester son dépit par quelque insulte en réserve.

Marché de dupe que celui du dragueur à la noix qui vous propose son affection pour vous consoler de vos soucis ; car il n'accepte, en fait, de sembler prendre intérêt à votre peine qu'à la seule condition que vous l'évacuerez immédiatement pour tourner toute votre attention sur lui. Il ne veut, en fait, pas du tout avoir affaire à votre affliction. Il ne vous a pas trouvée intéressante parce que votre tristesse l'a ému, mais parce qu'elle vous rendait vulnérable ; il ne peut l'admettre que tant qu'elle lui prépare le terrain et lui cède immédiatement la place.

Il vous fera penser à autre chose, superficiellement, peut-être quelques instants, mais n'attendez pas le moindre réconfort de celui qui, percevant votre faiblesse, n'a pensé qu'à ce qu'il en pourrait obtenir.

Dimanche 16 août 2009
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Tout est dans le titre, mais je sens que vous demandez des explications.
Dix-neuf secondes, c'est le temps qu'a passé la souris tranquille sur un joli banc d'une jolie place parisienne (quand on est de bonne humeur, on voit tout en joli), à déguster un petit pain gastronomique.
Au bout de dix-neuf secondes, il est arrivé, une clope à la main, demandant à la souris si la fumée la gênait en s'asseyant à côté d'elle sur le banc. Et puisque la question était posée, la souris répond poliment "oui", ce qui est la stricte vérité.

"Eh mais va te faire foutre c'est une place publique je paye mes impôts si t'es pas contente t'as qu'à rentrer chez toi."

La simple logique aurait voulu que la souris répondisse "Mais pourquoi diable avez-vous posé la question dans ce cas."
La logique un peu plus complexe laissait entrevoir, à l'ampleur de l'empilement verbal qui s'était accumulé sur son pauvre petit "oui", que l'individu n'avait qu'une envie, c'était de prolonger la conversation, de préférence sur un mode belliqueux et plus si affinités.
La souris se contenta donc de pouffer dans son déjeuner gastronomique en pensant à la joie que ce serait d'épingler un aussi beau spécimen dans sa collection, car l'humour sauve tout, même un déjeuner au soleil.
Dix-neuf secondes de tranquillité et des heures de rire.

Vendredi 24 juillet 2009
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Une porte s'était ouverte sans bruit sur un côté du couloir et elle s'était avancée devant moi, non pas soudainement mais comme une évidence, avancée au rythme décidé du compas de ses jambes sur des talons aiguilles interminables, avec ses bas couture, avec son tailleur épousant parfaitement chaque courbe d'un corps irréprochable, avec sa coiffure impeccable d'un blond si platine que presque blanc découvrant la nuque effilée, soixante ans peut-être mais comme elle est consciente d'être, absolument, un modèle, une icône tandis qu'elle évolue sous les projecteurs de ce couloir, faisant jouer sa taille ainsi qu'un majestueux balancier selon l'axe impeccable du dos le plus droit du monde, soixante ans peut-être mais les formes les plus sculpturales et en même temps une classe folle, comme si Grace Kelly, au lieu de s'applatir façon steak haché au bas d'une route de montagne, s'était fossilisée derrière cette porte-là de ce couloir rougement moquetté pour en ressortir à cet instant précis devant nos yeux incrédules, ondulante, parfaite, intacte sous toutes les coutures, à peine un peu ridée, un peu décolorée par le temps, comme une rose gelée ; elle s'éloigne et elle passe devant cet homme assis qui surveille le couloir et qui comme moi reste suspendu à cette silhouette incroyable, à ce charme intemporel qui s'éloigne à pas maîtrisés, s'éloigne encore un peu et soudain un regard par-dessus l'épaule, lancé, audacieux, nous surprenant, lui, moi, sous l'effet de son charme, juste un regard pour vérifier qu'elle a bien produit son effet, de toute évidence oui, elle a eu ce qu'elle voulait, elle se retourne, elle poursuit son chemin nimbée de son aura, déplacée, irréelle, photographique.

(Ceci étant le maillon tardif d'une chaîne aimablement refilée par Klixte, je propose donc à _El_, Cinn et... Gauthier, tiens, pour meubler ses vacances, de raconter leur rencontre, réelle ou non, avec une personne célèbre.)

Lundi 22 juin 2009
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Mais le temps passe, le temps passe, et avec cette fichue douleur récidivante au poignet j'en ai oublié l'anniversaire des trois ans de ce blog. Lequels trois ans furent pourtant fêtés dignement en un lieu historique par d'historiques personnages réunis pour une véritable apothéose de drague à la noix ici.

Or si vous avez bien lu l'article, honorés lecteurs, vous savez donc que je tiens un numéro de portable de dragueur à la noix de compétition, bonne présentation, expérience dans de nombreux domaines, à la disposition de toute jeune fille qui souhaiterait « faire un petit métisse », ou de n'importe qui d'autre à n'importe quelles fins. Si ça n'est pas un joli cadeau d'anniversaire.

Plutôt que vendre mon importante collection de trophées (cartes de visites, mails, numéros de téléphones, adresses de Myspace, mèches de cheveux, bouquets de fleurs fanés, rognures d'ongles) un de ces soirs sur Ebay pour connaître enfin la fortune, je lance donc un grand concours à la noix, disons jusqu'au 31 août minuit, dans les commentaires de cet article ou sur votre propre blog (en signalant votre participation ici dans les commentaires) si vous en avez un, sur le thème : que peut-on faire avec le numéro de téléphone de ce dragueur à la noix ? Les propositions seront ensuite évaluées par un jury composé de moi-même.

Le gagnant ou la gagnante verra ses louanges chantées par la souris et recevra le numéro de téléphone en question.

Étonnez-moi, Benoît.

Vendredi 12 juin 2009
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La souris se trouvait au jardin du Luxembourg – eh oui, où d'autre ? - pour observer, non les mœurs des DLN, mais celles d'un adorable couple de sittelles qui avait nidifié dans un tronc d'arbre creux et opérait de joyeux allers-retours pour nourrir sa duveteuse progéniture. Mais tandis que la souris observait les oiseaux, elle oubliait qu'elle était elle-même proie pour un animal d'une tout autre espèce.

« Salut, je t'ai vue passer tout à l'heure, j'aimerais faire ta connaissance. »


L'approche est sobre, classique, laissant peu de place à l'esquive puisqu'il vous incombe alors de motiver votre refus d'une gentille proposition de compagnie. Pas moyen, donc, de poser son baluchon pour déjeuner tranquillement au Luco. Qu'à cela ne tienne, pourquoi pas – et la souris s'éloigna à regret de ses sitelles, peu désireuse de révéler l'emplacement de leur nid à ce genre de matou.

« Tu viens d'où ? Lui dit-il. Moi, je suis Caraïbe. T'as un accent, non ? »


Tiens, déjà entendue, celle-là. Sans doute un stratagème pour amener la souris à parler d'elle ; foin du loup, questionnons-le donc sur ses Caraïbes. Et voilà le dragueur des îles tout employé à détailler les multiples avantages d'une relation avec lui, voyages sous les tropiques, invitations à venir dîner chez lui pour goûter la cuisine de là-bas, non, vraiment, c'était la belle vie qu'il m'offrait. Sauf que pendant ce temps-là, mon déjeuner, lui, ne s'ouvrait pas tout seul. Qui a déjà essayé d'ouvrir un emballage de pumpernickel récalcitrant avec une seule main comprendra ma détresse. D'où une addition importante à faire aux lois générales et particulières des dragueurs  à la noix : un DLN, ça ne sert pas seulement à rien. Parfois, quand vous avez le bras en attelle, ça peut vous ouvrir votre déjeuner. Même s'il s'y est pris comme un manche en renversant la moitié du paquet par terre (c'est les sitelles qui vont être contentes), ça mérite d'être noté.
Seulement, le voilà qui prend ses aises, essaye de caresser le menton de la souris qui en bondit sur place de surprise. Et continue sur un ton pour le moins étrange :

« Tu sais, moi, j'adore les blancs. Non, sérieux, j'adore trop les blancs. Je me sens trop bien avec eux. Limite, je me sens plus blanc que noir, tu vois.
En fait, ce que je voudrais  vraiment, c'est faire un petit métisse, avec une blanche, tu vois. J'aimerais trop ça. Ça te dit pas, qu'on fasse un petit métisse ensemble ? »

Nous y voilà. Ça manque de discrétion, franchement. Je veux dire, même avec toute la bonne volonté du monde, si je sors un enfant café au lait à l'homme qui partage ma vie, il va flairer l'arnaque direct.

« Non mais on est pas ensemble, on fait juste un enfant ensemble, tu vois ? »

Oui, je vois assez bien, en effet. Je vois aussi très bien le wannabe papa me laisser l'enfant en souvenir et ne plus jamais s'en soucier. Mais le voilà déjà reparti dans ses délires saumâtre en noir et blanc :

« Tu vois, aux Caraïbes, le problème, c'est que c'est trop mélangé, les blanc, les noirs, tout ça, c'est trop mélangé, c'est pas bien, pour moi faut pas tout mélanger. »

Autrement dit, le même qui m'aurait certainement traitée de raciste si j'avais refusé de faire sa connaissance est en train de tenir un discours digne du plus farouche partisan de l'Apartheid. Mais attends, c'est pas toi qui vient de me faire une proposition de métissage, là, tout de suite ? Pas à une contradiction près, décidément, ce garçon.

« Non mais vraiment, on devrait faire l'amour ensemble, tu verras, ça te plaira. »

Ceci murmuré de la demi-voix qui annonce que l'on est, quand même, un peu conscient du déshonnête de ses propos. Mais enfin j'avais cru être claire, je vis en couple, je suis même fidèle, je suis pas intéressée.

« Mais c'est pas grave, ça ! Tant que tu vas pas avec tout le monde, c'est bon, t'es fidèle. L'important, c'est de pas aller avec tout le monde. Après, deux, trois, ça va. L'important c'est d'être fidèle toujours aux mêmes : moi, plus un autre, ça va. »

Jeunes souris, prenez-en de la graine et écoutez les paroles pleines de bon sens de ce grand théoricien de la fidélité à plusieurs : tant que vous « n'allez pas avec tout le monde », ça va. Autrement dit, si l'on suit sa logique il suffit d'exclure une seule personne du champ de ses amours pour ne pas mériter le nom d'infidèle. Il suffit de ne pas coucher avec un seul homme, et vous ne couchez plus avec tout le monde.
Et ce jour-là, croyez-moi, la souris savait très exactement qui était l'homme avec qui elle ne coucherait pas.
Définitivement, ça ne mordait pas, malgré les alternances de cajoleries et d'aigreur, la souris continuait de picorer stoïquement son pain aux céréales en regrettant ses sitelles, se rapprochant régulièrement du bord opposé du banc chaque fois qu'il essayait de la toucher. C'était un pique-nique un peu pénible, voilà tout. Il insista quand même pour me donner à tout prix son numéro de téléphone avant de s'éloigner vers ses yeux plus hospitaliers.

Reste que je ne sais pas trop ce qui est le plus inquiétant en définitive, qu'un individu puisse me faire des propositions très explicites à une heure de l'après-midi, en plein soleil dans un jardin public, ou que j'en sois blasée au point de ne pas même songer à lui allonger une droite en hurlant ma mère.

Vendredi 12 juin 2009
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Après des mois passés dans d'intenses douleurs, la souris reprenait enfin la piscine, ce qui lui permit, outre de se meutrir à nouveau le poignet, de retrouver ses petits camarades parmi les flots bleus.

Et parmi eux ce grand dadais, toujours si content de sa technique au crawl, jamais avare de grands sourires supérieurs lorsqu'il vous envoie un coup de pied, toujours à montrer ses muscles du haut de sa fatitude, toujours à rechercher le contact physique ambigu, toujours à adresser aux filles des regards pleins de cils. Déplacé personnage.

Or au moment où chacun va chercher son petit matériel à sa taille au début du cours, le voilà qui, voyant revenir la souris avec ses petites palmes et ses petites planches, lui lance ces mots, les premiers qu'elle ait entendus de sa bouche :

"Bah alors, tu m'as pas apporté mes palmes ?"

Bin non, comment tu veux, chacun choisit sa taille, banane.

"Ma taille ? La plus grande, bien sûr !" ajouta-t-il, tout fier de lui, d'un air entendu.

Le pire, outre les sous-entendus fins comme une baleine, c'est qu'il s'agissait sans doute d'une manifestation de sympathie. Mais quand même, la seule manière qu'il avait trouvé de manifester son intérêt, celui-là, c'était de me demander de lui servir de boniche.

Jeudi 9 avril 2009
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