Macarons à la noix

Publié le par La Souris Blonde

   Ce jour-là, la souris d’humeur gourmande était allée quérir quelques macarons choisis pour offrir à un rongeur de ses amis. L’histoire ne dit pas quelles étaient les relations de la souris avec ledit rongeur, ni s’il avait plus de goût pour les souris que pour les macarons, ni s’ils les croquèrent ensemble le lendemain au petit déjeuner après une folle nuit. Non, non, n’insistez pas, l’histoire ne le dira pas. La bonne, l’excellente raison pour ça, c’est que la souris ne se rappelle même plus exactement à qui étaient destinés les macarons délicats. Pour tout dire, c’était peut-être même une rongeuse. C’était peut-être même la grand-mère de toutes les souris, et les macarons étaient destinés à changer de l’éternelle galette avec son petit pot de beurre, qui commence à lasser grand-mère, quoi.

    L’histoire s’arrêtera donc sur le seuil du talentueux pâtissier chez qui la souris était allée macarons quérir. Sur le seuil en sortant, rassurez-vous, la souris ne laissera pas son lectorat sur le trottoir devant un lieu si attrayant. A cette heure de peu d’affluence, il n’y avait dans la boutique qu’un seul vendeur, jeune, serviable, parlant volontiers. Après avoir virevolté avec grâce entre les différentes sortes de macarons, expliqué leurs saveurs compliquées, rempli avec soin une jolie boîte, il pesa les pâtisseries et demanda gentiment, en échange, quelques euros et « nonante centimes ».

    Nonante centimes.

   Pas banal, ça, dans un pays où les commerçants refusent les chèques libellés en langue francophone extra-frontalière, et où l’orthodoxie étymologique prime sur la simplicité linguistique.

    La souris s’enquiert donc de savoir si le jeune homme a des racines belges ou suisses, parce qu’après tout, c’est bigrement intéressant tout ça.

    A quoi le jeune homme répond que « ni l’un ni l’autre, c’est juste un moyen d’engager la conversation. »

  La souris se sentit soudain une bosse sur le front – ce qui était compréhensible, vu qu’elle venait de foncer en plein dans le panneau.

    Pourtant, après avoir prononcé ces mots, le jeune homme sembla se figer dans l’acceptation d’une dure réalité. La conversation s’arrêterait là. Parce qu’il avait tendu une perche, qu’elle l’avait saisie, et qu’il n’avait pas rebondi dessus. Parce que révéler aussi vite les intentions cachées derrière un jeu linguistique, c’était briser le jeu linguistique. Parce que la souris n’a rien contre les francophones français non plus, mais que là, il n’y avait plus grand-chose à répondre. Que prendre ses macarons, ses cliques et ses claques, et reprendre la porte en disant gentiment au revoir.

    En jargon nuciforme, on appelle ça merder sur le service après-vente.

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Lightman 12/10/2006 11:48

Pour les macarons, on peut en trouver sur le net :http://www.testadaz.com/blog/index.php/2006/10/12/45-pates-de-fruits-macarons-et-calissousPas de macarons à la noix, mais des calissous à la noix...Et attention à l'accent auvergnat :-)

La Souris Blonde 13/10/2006 00:15

Roh, zut, pas de macarons à la noix.

vince 09/10/2006 22:09

Le problème avec les Belges , c'est qu'on fait l'amour une fois.

La Souris Blonde 13/10/2006 00:14

Et chez les Suisses, jamais l'hiver...

Tony 09/10/2006 19:45

Merci chère Souris pour ce nouveau tuyau que je ne manquerai pas de reprendre à mon compte. Mais, comme souvent, l'accroche est bonne, mais la suite ne vient pas. J'ai connu tellement souvent ce genre de situations, que je ne résiste pas à l'envie de demander ton avis sur différents scénarios.
 

Donc, reprenons la conversation au point où elle s'est arrêtée. Notre pâtissier aurait-il eu une chance de décrocher la timbale s'il avait rebondi en disant :
 

1) " ni l’un ni l’autre, c’est juste un moyen d’engager la conversation...Nan, je rigole. En réalité je suis Belge. D'ailleurs je connnais un excellent moules-frites dans le quartier, ça vous dirait de m'y accompagner ce soir ?"
 

2) " ni l’un ni l’autre, c’est juste un moyen d’engager la conversation... et de vous dire que j'organise des cours particuliers de confection de macarons dans mùon atelier. D'ailleurs vous avez de la chance puisque le premier cours est gratuit. Je vous inscrit pour demain matin ?"
 

3)"ni l’un ni l’autre, c’est juste un moyen d’engager la conversation... et de vous dire que j'ai super envie de vous là, tout de suite. Et si vous êtes d'accord, je baisse le rideau et je vous prends là, sur le comptoir, entre les croissants et les miches campagnardes, et vous comprendrez enfin pourquoi on dit que le mitron a un gros fourgon."
 

La Souris Blonde 13/10/2006 00:14

Ni l'un ni l'autre ni le troisième !

Bouc & Moustache 09/10/2006 19:39

parce que tu te serait laissée tentée ?

La Souris Blonde 13/10/2006 00:13

Par un macaron aux noix? Certainement! Ce sont mes préférés, avec ceux à la framboise, au caramel, au café, au chocolat, au citron...Mais pas à la pistache. Les noix martiennes, non merci.

ralphy 09/10/2006 19:19

Bon plan, en effet, je la retiens aussi, cher Grenouille. Et puisqu'on en est de jouer sur les mots, notons que dans le sud de la France, on parle de "poche" et non de sac plastique, ou encore de "chocolatine" et non pas de "pain au chocolat"...
"Bonjour, une chocolatine, s'il vous plaît. J'ai nonente centimes, si cela vous intéresse !"
;-)
Tiens, où est-ce que j'ai lu que des chercheurs testaient cent fois des numéros de drague, dont les plus surréalistes (où une jeune femme laisse tomber un string dans la rue) aux plus intriguants ("Bonjour, je m'appelle Marc" aurait plus de succès que "Bonjour, puis-je vous offrir un café ?" ; ils ont de la chance, les Marc !) Bref, je m'égare... je vais finir par devenir un dragueur à la noix par... osmose ! ;-)

La Souris Blonde 13/10/2006 00:12

Hm. Et il faudrait étudier aussi l'impact de l'accent belge en termes de pouvoir érotique...