Tout doit disparaître

Publié le par La Souris Verte

Comme une nuisance n'arrive jamais seule, la souris a une soeur, que nous appellerons La Souris Verte. Verte comme : acide. Laquelle verte souris vous offre le billet d'aujourd'hui. Et à l'instar du dura lex sed lex des Romains, je me contenterai d'annoncer le numéro ainsi : la souris est dure, mais c'est une souris.

 

Solde: n.m., le plus souvent pluriel. Vente au rabais. Par extension, expérience sociologique intéressante.

C'était un été qui ne voulait pas commencer. Un été où l'on cultivait les escargots au beurre d'ail sur les fraisiers, où la mode était aux Wellington violettes, et où les robes légères restaient au placard. Un été où la sève, montée au printemps, stagnait dans les vaisseaux, attendant l'éclosion en vain. Mais un été où, tout à coup, on a bradé le soleil.

Ouverture des soldes en fanfare; 30°C, tout doit disparaitre. Sevrée de chaleur, frustrée de flirts, la foule en délire se rue dans les centres commerciaux, qui en quête de tenues estivales, qui en quête de leur contenu.
Là est l'écueil: les robes courtes se cueillent... dans les magasins pour femmes. Ô pays de cocagne pour l'amateur de chair fraîche, contraint à un jeûne prolongé! Froufrous, cuisses dénudées, poitrines dévoilées, ventres à l'étalage... autant de promesses inaccessibles, derrière le rempart de la vitrine.
C'est pourquoi le dragueur à la noix avait établi son repaire au Gro-Sport. Notons que dragueur est sportif. Étonnamment, il est à l'affut au rayon chaussures de randonnée - et non près des maillots de bains.

C'était un été qui ne voulait pas s'installer. Un été où la souris rêvait de vacances, mais se sentait en mars. Un été où le pelage gris restait humide et terne, le museau boudeur, l'oreille basse. Mais un été où, tout à coup, on pourrait partir randonner.

C'est ainsi que la souris fourrage en robe de plage, chaussettes de montagne et croquenots, sur les terres de notre sportif. Décidément affamé, le dragueur n'est apparemment pas à une faute de goût près.
"Excusez-moi,"
(poli. Va demander s'il reste ce modèle en 45? La souris sourit. L'habitude.)
"Est-ce qu'on pourrait faire connaissance?"
(Ah. LE prototype. Belle gueule, bronzé, musclé, sûr de lui. Direct ; pourquoi s'encombrer de phrases inutiles après tout? En terrain conquis, le dragueur règne en maître).
Alors qu'elle s'entend répondre, déjà lasse, déjà sur la défensive "Oh non! J'ai pas besoin d'être emm..." La souris se demande ce qui loge dans une tête de noix, ça l'a toujours intriguée. La souris est farouche, mais la souris est curieuse. Et finalement, la souris à du temps à perdre - du temps à faire perdre. Alors elle enchaîne avec une pointe d'agressivité "Avez vous un argument à proposer, qui mériterait que je fasse votre connaissance?"

Le dragueur n'en a pas, évidemment, parce que les arguments, c'est compliqué voyez vous, il faut utiliser son cerveau, donner du sens aux mots, tout ça, vous ne vous rendez pas compte... La souris, cruelle, lui rit au nez, lui déclare brutalement que la vie c'est pas facile, les filles surtout, s'éloigne d'un air décidé, et l'invite à prendre un café avec le plus charmant sourire. Biiiiiiiiiiip. Fatal error. L'air hébété indique clairement que le programme interne en mode binaire vient de beuguer: "Je coche quoi, la case "vent", ou la case "j'emballe"?"

Beaucoup moins sûr de lui, d'un coup. L'instinct mâle se prend une claque mais, bon gars, un peu sonné, un peu curieux, aussi, il suit l'étrange créature. Est-ce qu'il se rend compte qu'elle est en train de lui foutre en l'air sa partie de chasse? Pas certain.
Cependant, ce dont le dragueur à la noix rêve, en vrai, au fond de lui, bien plus que de combler son désert sentimental de permissionnaire et ses velléités d'infidélités, c'est d'être une noix. C'est qu'on le désire, qu'on le siffle, qu'on l'aborde, qu'on le croque. Il voudrait tant qu'on l'admire. Il voudrait tant qu'on l'écoute. Il faut dire, il a tant de choses intéressantes à raconter, sur le sport, le foot, le tennis, la course à pied, l'entretien des muscles, l'abondance de filles prêtes à tomber dans les bras du premier venu sur les sites de rencontre... il pourrait parler pendant des heures.

Mais qui l'écoute?

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Dovobo 17/07/2012 20:57


Oui, c'est vrai que ça (d)étonne, la reprise du fil, après essouflement, du dragueur. Comme ton texte comprend la variable météorologique, il faut faire là aussi le parallèle, les souris
repoussent comme les lauriers après le gel d'un hiver rude. De là à dire que cela explique la couleur verte de la souris, il n'y a qu'un pas.


Tant que ce n'est qu'elle que l'on prend par la queue, ces messieurs la lise.

La Souris Blonde 17/07/2012 23:46



A la pénurie de souris de ces dernières années, je ne saurais répondre mieux que :


http://www.fantasy.fr/articles/view/9521


Quant aux souris gelées, en général, en cette saison, elles sont poussière, pas vertes.


 



GrandNicolas 17/07/2012 19:46


Ciel la souris, j'ai failli traiter de menteur mon flux rss quand j'ai vu qu'il affichait une publication de ta part !


Bon, me reste plus qu'à vérifier si j'en ai pas raté d'autres :)

La Souris Blonde 17/07/2012 23:47



Faut toujours croire son flux RSS.


Comme le dit le proverbe : RSS de courir, il faut partir à point.