A côté de tes pompes, il y a les miennes

Publié le par La Souris Blonde

C'est l'histoire d'un jeune mulot qui prenait le soleil sur un banc, et d'une apparition. Car soudain il fut là, à l'autre bout du banc, et le jeune homme ébloui par la lumière vive de midi n'aurait su dire s'il s'était assis pendant que lui-même avait les yeux fermés ou s'il s'était soudainement matérialisé.


En tous cas, il était là. Tout de noir vêtu, lunettes noires aussi, gants noirs, sous cette chaleur plombante, et humeur noire sans doute, à en juger la manière dont il fixait droit devant lui en marmonnant quelque chose d'obscur.


Quelque chose d'obscur dont le ton monta suffisamment pour que le jeune mulot entende ces mots à demi prononcés, regard toujours baissé, sans bien savoir s'ils s'adressaient à lui :


"Vous me faites beaucoup penser au chanteur du groupe Téléphone, que j'ai... Hmmmm... Que j'ai bien connu..."


Mulot chercha à se souvenir de la tête du groupe Téléphone, et rien qui puisse sembler un tant soit peu flatteur ne lui venait à l'esprit qu'un machin avec plein de boutons tandis qu'à côté de lui l'homme continuait dans un souffle caverneux, comme un courant d'air à travers une porte de caveau :


"J'ai toujours trouvé les hommes... tranquilles... très attirants..."


La claire lumière du jour et la rue passante où se situait la scène suffisait à peine à rassurer Mulot, qui trouva judicieux de préciser qu'il n'était pas demandeur. Aussitôt il vit glisser un reflet rougeoyant derrière les impénétrables lunettes noires qui, pour la première fois, se tournèrent franchement vers lui, dardant un non-regard plombé tandis que la voix sépulcrale montait en un tonitruant murmure (je sais, c'est difficile d'imaginer un murmure tonitruant, enfin essayez d'imaginer quelque chose comme cent mille pierres tombales en train de s'effriter sous la lune) :


"Demandeur ? Pourquoi, demandeur ?... Toujours prendre, toujours donner ! Raaah ! Comme des rrrapaces ! Ah... Lois de l'échange... Donner, recevoir... Vendre, c'est ça ? Est-ce qu'on ne pourrait pas, plutôt... Partager ?"


Son indignation atteignait des sommets, armée de corbeaux tournoyants dont le jeune Mulot n'aurait pour rien au monde voulu s'attirer les foudres. Il précisa donc qu'il ne voulait pas vexer.


L'homme s'arrêta net, se couvrit les lunettes de la main d'un geste théâtral qui fit crisser son blouson de cuir noir comme un suaire en négatif :


"Plus rien ne me vexe."


Et, ôtant ses lunettes, se penchant vers Mulot dans une débauche de gestes kabbalistiques dont la signification n'était pas bien claire, il le fixa au fond des yeux de ses deux yeux rouges et cernés, prononçant avec emphase, comme pour une citation, ces mots de Bill Hicks (oui, je sais, une recherche simple vous a appris qu'il s'agissait d'un humoriste américain et vous vous dites que cela vient comme une framboise sur un cercueil, mais le fait est qu'il cita Bill Hicks) :


"Don't worry. Don't be afraid."


Et il s'enfuit en courant, ne laissant derrière lui qu'une traînée de cendres, une odeur de caveau, ou de tabac froid, ou de quoi d'autre, enfin il disparut dans un souffle glacial, laissant Mulot comme deux ronds de flanc.


Et ronds de flanc nous sommes aussi, tous, tant que nous sommes, et tant que nous n'avons pas décidé s'il s'agissait d'un dragueur à la noix ou d'un dragueur à la manque. Je pencherais néanmoins plutôt pour un vrai bon dragueur à la noix, à cause de son discours culpabilisateur : si un jeune homme le refuse, ce n'est pas parce qu'il ne lui plaît pas ou qu'il préfère les femmes, c'est nécessairement parce que ce jeune homme a peur, parce qu'il a une conception négative et marchande des rapports humains. Biais à mon avis typiquement dragualanoisique : comment vivrait le dragueur à la noix s'il pouvait penser ne serait-ce qu'un seul instant que le problème vient de lui, et non des autres ? Pourtant je proposerais volontiers une mention spéciale pour ce dragueur-là et pour lui tout seul : appelons-le, donc, le dragueur complètement tout seul dans son trip.

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GIFman 30/03/2012 17:06


Bonjour
un petit coucou en passant sur ton joli blog
j'espère qu'il fais aussi beau chez toi que chez moi
onne  ournée


à bientôt


  ( le blog ou il y a des milliers de gifs ) 

Solal 10/07/2011 10:07



Bientôt un an sans posts, même si je n'étais pas toujours d'accord avec la ligne éditoriale, la souris ne manquait pas de style et c'était agréable à lire. La flemme? Plus de dragueurs à la noix?
J'ai vu un des commentaires de la souris sur le blog de robert patrick, j'exclue donc l'hypothèse de la tragique disparition...



Jay 08/12/2010 18:48



Eh bien Nanard, c'est bon, des dragueurs à la noix elle e trouvera sur son site, t'en est déjà un bel exemplaire. Et si t'as toujours pas compris, LSB elle est très bien avec Personne, Personne a
son coeur et c'est très bien comme ça. D'ailleurs ça ne l'empêche pas d'avoir de nouvelles noix, au contraire...



NANARD 17/11/2010 17:52



17 Novembre; je reviens car je m'ennuie: je n'ai plus de commentaires à faire sur ce site désespérément muet. Peut être que la souris blonde n'a plus rien à dire sur les dragueurs à la noix; peut
être ont ils disparu de la  circulation laissant la place à des dragueurs mignons et intensément intéressants laissant s'installer un amour intemporel et souriant...adieu donc ma musaraigne,
mon petit rat, mon soricidé, ma dulcinée, mon a mulette, mon a llumette à lunettes; je souhaite t'aider à y voir clair


si tu as un problème viens me voir Bises



NANARD 11/09/2010 16:10



11 Septembre! Toujours pas de nouvelles de la souris blonde. Est-elle partie en vacances avec un mulot sur une moto qui l'a subjuguée; a-t'elle été conquise  par un motard qui ne dit mot ou
par un moutard qui fait la moue? Le dragueur à la noix a t'il réussi l'exploit incroyable de l'avoir emballée au bal des petits rats? ce serait triste car plus de récits cocasses, plus
d'histoires drôles; le lecteur serait frustré et se verrait délaissé. Souris blonde on attend ton retour et ta verve vibrante ou divertissante.