Les Feux de paille de l'amour

Publié le par La Souris Blonde

Dans le précédent épisode, la souris blonde essayait désespérément d'échapper à un dragueur à la sauvette en se réfugiant dans son trou de souris.
Conscient de ses atouts et certain de plaire, le monsieur se mit alors à la suivre sans cesser une seule seconde d'alimenter la conversation. En bas de l'immeuble, il sortit même un carnet pour bien montrer que si, si, il pouvait noter tout de suite son numéro de téléphone, que ça ne prendrait pas longtemps. La souris tentait vainement de s'échapper dans les règles de la politesse, en lui faisant comprendre gentiment que non, ce n'était pas possible, et comprit rapidement qu'il était grand temps de... Citer Tocqueville :

« J’ai remarqué bien des fois qu’aux Etats-Unis, ce n’est point une chose aisée que de faire entendre à un homme que sa présence importune. Pour en arriver là, les voies détournées ne suffisent pas toujours.
Je contredis un Américain à tout propos, afin de lui faire sentir que ses discours me fatiguent ; et à chaque instant je lui vois faire de nouveaux efforts pour me convaincre ; je garde un silence obstiné, et il s’imagine que je réfléchis profondément aux vérités qu’il me présente ; et, quand je me dérobe enfin tout à coup à sa poursuite, il suppose qu’une affaire pressante m’appelle ailleurs. Cet homme ne comprendra pas qu’il m’excède, sans que je le lui dise, et je ne pourrai me sauver de lui qu’en devenant son ennemi mortel. »

Celui-ci rentrerait donc dans la catégorie "américain".
Il était grand temps de claquer la porte au nez de l'importun. En s'enfonçant dans le couloir de son chez elle enfin silencieux, la souris blonde eut tout juste le temps d'entendre, à travers la porte, un "Trop conne, celle-là!" prononcé un peu trop haut. Quelques minutes plus tard, par sa fenêtre ouverte, elle put entendre la voix mélodieuse de son camelot à la noix (mais n'est-ce pas pléonastique?) qui cherchait à embobiner une autre cliente potentielle. Jeune, évidemment, et souricesque de même. Sans plus de succès, car, rappelons-nous, les Parisiens ne sont pas sympas, ils ne veulent pas discuter.
Mais l'heure tournait. Le sèche-linge aussi, pendant ce temps. Soudain il fut temps pour la souris d'aller quérir ses draps enfin secs.
Or, devant son immeuble, nonchalament appuyé au mur, attendant le client... Il était là. Il lui lança un grand sourire, auquel la souris, toujours courtoise, répondit évidemment. Et il reprit sa course à la souris, recommençant ses discours avec le même imperturbable enthousiasme.
La souris commençait à se sentir de plus en plus parisienne, et de moins en moins ouverte à la discussion. Elle attaqua donc de front, interrogeant le mystérieux individu sur le point qu'elle n'avait toujours pas réussi à résoudre : mais finalement, que voulait-il, faire connaissance ou vendre ses produits de beauté?
"Ben, un peu des deux! C'est plus sympa, non? C'est ma technique à moi!"
Ah, oui, pour sûr. ça s'appelle même courir deux lièvres à la fois, mon grand. Ou deux souris. Ce dragueur-là avait réinventé le marketing à la noix.

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Hector 16/08/2006 12:33

A propos de business...
 
Les neuf millions de célibataires britanniques dépensent collectivement 30 millions de livres sterling (44,6 millions d'euros) par an pour trouver l'amour, soit une moyenne de 3.330 livres (4.950 euros) par personne, révèle lundi une étude du site internet Parship.Selon cet "indice du coût de l'amour", la quête d'une relation coûte à elle seule 1.650 livres par an, dont 156 en sites ou agences de rencontre et 602 pour sept "premiers rendez-vous" par an. Le coût moyen d'un rendez-vous a légèrement diminué, à 69 livres contre 87 en 2005.
 
Une fois le rapprochement établi, les partenaires dépensent 1.680 livres pour maintenir la magie des premiers instants, dont 970 livres en restaurants et vins, 184 en voyages, 148 en cadeaux, 63 en fleurs et chocolats et 63 en taxis.
 
Les hommes se montrent de loin les plus généreux dans les six premiers mois d'une relation, à 1.426 livres contre 740 pour leurs compagnes, mais l'écart se resserre si le couple dure plus d'un an, à 987 contre 784.
 
Les ruptures coûtent globalement 5 millions de livres par an, note par ailleurs l'étude. Environ 38% des femmes et 47% des hommes disent abandonner à leur ancien partenaire des CD, téléviseurs, téléphones portables, animaux, bijoux et même des véhicules.

Hector 16/08/2006 11:41

exposer et non pas exposé ouch !!!

Hector 16/08/2006 11:05

Draguasse ton univers impitoyable, j'adore:)))
Attention tu vas finir par battre grenouille dans le concours des jeux de mots

Vol de verve 16/08/2006 11:04

Tu as bien du temps à perdre, jeune souris.Ou peu de temps, en fait, vu comme tout cela est écrit à la va-vite.

Hector 16/08/2006 10:59

Je trouve les commentaires de ce blog, spécialement de personne, d'un très bon niveau.
Merci pour cette citation de Tocqueville.
Une petite remarque: il n'aurait pas pu la faire pour des allemands (ou prussiens) car en Allemand, le verbe se trouvant à la fin, il faut attendre que l'interlocuteur ait fini pour comprendre, donc on ne peut pas interrompre en cours de phrase comme en Français ou en Italien.
Ausi doit-on laisser la personne exposé entièrement son point de vue.
D'où peut etre la tradition (allemande)  de dialogue social...

La Souris Blonde 16/08/2006 11:06

Oui, en effet, personne est parfait.Pour ce qui est de Tocqueville, heureusement qu'il a pris vers l'ouest, dans ce cas. Il serait parti dans l'autre sens, comme Colomb, c'était foutu.