La femme d'Hector

Publié le par La Souris Blonde

Dans le cadre de la Noix d’or 2006, la Master Class d’Hector, qui nous fait profiter de sa tactique de drague infaillible.

Je m'en vais donc vous raconter la formidable drague qui m'a valu de me faire expulser de l'espace pré-hilbertien (un peu de maths non euclidiennes ne fait de mal à personne) des célibataires (déjà, j'indique que je suis pris donc même maintenant pour draguer voyez la bête).
Par des amis communs, je fis connaissance d'une charmante demoiselle. Que j’ignorai totalement, jusqu'au jour où nous nous empoignâmes autour d'un débat philosophique où j'étais d'assez mauvaise foi mais, bref, passons. Lors de ce débat houleux, je remarque donc sa beauté ET sa richesse intérieure (qui n'intéresse pas les dragueurs de 1ère catégorie).
Sortant de chez le coiffeur le jour suivant ce débat, je l'appelle ainsi:
Moi : Bonjour, je suis Hector et là je sors de chez le coiffeur (belle entrée en matière, non ?)
Elle : Ah
Moi : Et en fait en sortant j'ai vu qu'un débat était organisé le... (grosso modo, c'est tellement bien de m'engueuler avec toi que j'en redemande)
Elle : Ah mais ce jour là je ne peux pas
Moi : Tiens et là je passe devant le cinéma, ça te dirait ce film ? (Un film avec Sergi Lopez, un de mes acteurs préféré, et sex-symbol notoire)
Elle : Euhhhh
Moi : Non mais je t'assure, ça vaut le coup, il y a Sergi Lopez.
Elle : Ah
Moi : (Qui ne dit mot consent) Donc disons demain soir à la séance de 19h20. On a qu'à se donner à tel endroit à 19 h pour être sûr d'être à l'heure !
Elle finit par se rendre à mes arguments.
Donc le lendemain… J’arrive à 19h15 et elle était déjà là.
Moi : Ah, tu es déjà là ? (remarque fort subtile, n’est il pas ? Au fait, avant de me traiter de malpoli, sachez que dans ma langue natale bonjour n’existe pas)
Elle (agacée) : Oui, depuis quinze minutes
Moi : Mais je croyais que comme toutes les filles de Toulouse tu respectais le quart d’heure toulousain.
Elle (re-agacée) : Je ne suis pas de Toulouse. (ne jamais dire à une fille qu’elle fait comme toutes les filles)
Moi : Ah euh bon. Au fait je dois aller acheter des clopes.
Elle : Vas-y tout seul, je ne supporte pas l’odeur du tabac.
Moi : Moi non plus, je ne fume pas (Regard écarquillé d’Elle). En fait, c’est pour ma voisine (ben oui, je suis serviable).
De retour du tabac…
Moi : je ne sais pas ce qui m’arrive en ce moment, j’ai plein de succès auprès des filles en soirée (sujet de conversation à éviter pendant la drague).
Elle : Ah (re-regard écarquillé)
Nous arrivons devant le cinéma et là je m’aperçois que j’ai fait une gaffe. Oui, là, vous avez du mal à croire que je puisse faire une chose pareille, mais si, si. Entre la séance à 19h et celle de 20h20, je me suis emmêlé les pinceaux. Bref tant qu’à être devant le cinéma, autant y aller. Donc je lui propose le film de 19h40 (ça tombe bien vu qu’il était 19h35)… Et qu’y avait il à la séance de 19h40 ?
Une rediffusion de La Liste de Schindler.
En sortant du cinéma, je lui propose : « Revenons dans 3 jours à la séance de 19 h et je te paie la place en contrepartie de celle que tu m’as offerte ce soir ! » Ah oui je ne vous l’avais pas dit : n’étant pas fumeur, je ne savais pas que cela coûtait aussi  cher de s’intoxiquer donc après l’achat des 2 paquets pour ma voisine, je n’avais plus assez d’argent pour payer la place donc elle avait dû m’inviter.
Et là, miracle, elle accepte (sûrement la perspective d’avoir la place payée).
Donc 3 jours après (quel suspens haletant… Oui, je sais, Batracien m’a tout appris)…
Nous allons à la séance de 19 h, et comme j’avais parlé du film en bien à un de mes amis, il était là aussi (ben oui c’était la dernière séance de diffusion du film). Quoi, ne jamais amener un ami quand on drague ? Mais je ne savais pas moi !
Bref, après le film (muy bien), nous allons tous les trois au restaurant, et là, pendant la conversation, elle fait une remarque sur mes études qui me fâche (oui, dans mon pays nous sommes susceptibles aussi) et je lui dis : « Heureusement que X (mon ami) est là sinon en entendant ça je me serais déjà levé et serais déjà parti. » Bon là niveau drague c’est encore moyen mais vu ce que j’en ai bavé en prépa, je suis sensible sur le sujet.
Le repas se finit donc dans une ambiance, comment dire, morne. Il est juste interrompu par l’inévitable vendeur de roses et là qu’est ce que je fais ? Et bien je me tape la discute avec le marchand de roses car en fait il s’agissait d’un thésard et nous avons donc parlé d’approche quantique et du paradoxe d’Heisenberg. Quoi, offrir une rose pour draguer la demoiselle ? ça se fait ?
Le repas se termine.
Puis nous raccompagnons la demoiselle jusqu’à son appartement et rentrons gaiement (ce n’est sans doute pas le qualificatif le plus approprié), mon pote et moi, dans nos pénates.
J’aurais l’occasion de la revoir 10 jours et 2 gaffes plus tard, et là…
Toujours est-il qu’après cette approche ô combien (oui  j’aime les ô et leurs histoires) dragueuse, nous sommes ensemble depuis 2 ans et elle m’a dit que ce qui l’avait faite craquer (entre autres ?), c’est qu’il était évident que je n’étais pas un dragueur « pro » et comme elle est fort belle et qu’elle subissait moult assauts de dragues, toutes mes gaffes l’avait rassurée quant à la sincérité de ma démarche (oui, les femmes sont complexes).
Bref toujours est-il que le dragueur à la noix que j’étais peut maintenant admirer tous les jours ses yeux noisettes (un peu de poésie au-delà de tout cynisme, cela peut aussi exister).
En conséquence de quoi, mesdames messieurs du jury, je vous demande de bien vouloir examiner ma candidature au titre de Mister Noix catégorie Gaston.

J’aurai pour ma part deux réserves à émettre quant à cette candidature.
-    Hector a effectivement une tactique en acier trempé qui consiste à être complètement dépourvu de tactique. Donc, tout à fait contraire à la démarche du dragueur à la noix.
-    Ça a marché. Et oui, incroyable mais vrai, ça a marché. Or, le dragueur à la noix est voué à l’échec, malgré son professionnalisme : c’est même une de ses principales caractéristiques, selon le fameux principe du « c’est ceux qui en parlent le plus qui en mangent le moins ».
A moins que l’on ne considère qu’Hector a utilisé une technique, pour le coup, éminemment noiseuse, celle qui consiste à faire comprendre à la jeune fille qu’elle ne vous intéresse pas tant que ça, avec l’espoir que du coup elle se sente dévalorisée et sorte avec vous uniquement pour se prouver qu’elle peut encore séduire. Dans ce cas, je suis effondrée de voir que ça marche.
Je laisse cependant au jury l’entière liberté de voter ou non pour Hector (je rappelle que les votes se font uniquement ici, dans les commentaires, jusqu’au 1er septembre).

NdE : l’original de cette histoire se trouve dans les commentaires de la Noix d’or, où chacun pourra vérifier la fidélité du travail éditorial de la souris, qui n’a fait qu’ajouter quelques virgules malignes et ôter quelques signes typographiques maussades.

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Hector 16/08/2006 10:32

-> Dovo: merci pour ton vote :)))
Quant à savoir qui de l'oie ou du jars fut le dindon de la farce ...
 

Hector 16/08/2006 10:25

-> à la souris blonde: préhilbertien est un espace vectoriel qui potentiellement n'est ni complet ni de dimension finie
Grosso modo, c'est un ensemble cohérent où des gens (homo sapiens sapiens) avec une norme (célibataire) se meuvent ensemble et peuvent se rencontrer (une sorte de produit scalaire) mais comme je pense que l'espace des célibataires n'est ni complet ni de dimension finie, j'ai utilisé à dessein le qualificatif de pre hilbertien (une transposition de maths à la réalité que les puristes voudront bin me pardonner)

La Souris Blonde 17/08/2006 00:13

Merci pour le sel!

Hector 16/08/2006 10:17

Tout d'abord, merci à la souris Blonde pour ses corrections
Quelques réponses:
-> Dovo: tout ce que j'ai écrit est purement (et malheureusement ?) vrai, emaillé de quelques commentaires qui se veulent humoristiques voire de second degré.
chercher des clopes pour sa voisine: oui, car habitant sur un campus (le "scientifique" à Toulouse) où les autorités universitaires ont limité les débits de boisson et autres lieux de débauche, toute personne allant dans le centre ville rendait service aux personnes de son entourage
thésard vendant des fleurs: plus précisément, et là ce n'est plus drôle du tout aussi n'ai-je pas mis tous les détails, il s'agissait d'un algérien en info & maths qui après sa thèse et son post doc n'avait pas eu son visa renouvelé et en était donc réduit à vendre des roses tout en étant sans papier. J'étais assez sceptique mais au cours de la conversation, les noms de son labo et de son directeur de recherches ainsi que des échanges à propos de certains domaines mathématiques m'ont convaincu que c'était hélas la réalité pour lui.
gaiement: cela s'appelle du second degré.
-> A tous: il ne s'agissait pas d'une tactique pour dévaloriser la demoiselle, c'est donc pour cela que je concourre dans la catégorie "gaston" ou gaffeur ou à la manque car chaque esquisse de drague de ma part s'est avérée, avec le recul, catastrophique.  

Grenouille 14/08/2006 19:11

Là, rien à dire. Respect.
Ceci dit, la maladresse est en elle-même une forme de drague. Elle peut être touchante, émouvante, déstabilisante, et finalement sensuelle. Ou pas :p

ralphy 14/08/2006 00:58

Me faire lire des articles encyclopédiques sur la géométrie euclidienne, sur David Hilbert (à ne pas confondre avec Dilbert !) pour tenter de comprendre les subtilités des axiomes des dragueurs à la noix... ne fait que démontrer une chose : notre ami Hector est totalement hors sujet avec ses plans drague même pas à la noix ! ;-)