Pourquoi ce n'est pas flatteur

Publié le par La Souris Blonde

Les plus grandes aventures se construisent autour des machines à café.
Il y a quelques temps, un collègue à qui je racontais une anecdote de bibliothèque, et qui me faisait remarquer que je devrais changer de bibliothèque (oui, mais Sainte-Geneviève, c'est joli et il y fait bien chaud en hiver...), ajouta d'un air entendu : "Mais dis-moi, ce doit être extrêmement flatteur..."
Sur le moment, la souris n'a pas trop réagi à cette remarque, perdue qu'elle était dans ses pensées, imaginant les sublimes arcades, les plafonds peints, les ferronneries ouvragées et les reflets du soleil couchant à travers les grandes baies vitrées de sa bibliothèque préférée... Mais en y réfléchissant, elle serre ses petits poings et pique en pensée une grosse colère. Non, non, et non.
Pourquoi ? Après tout, en effet, être fréquemment abordée par des inconnus ardemment désireux de faire votre connaissance, c'est censé vous donner beaucoup de valeur ajoutée. Une simple question de loi de l'offre et de la demande : si vous êtes beaucoup demandée, votre valeur augmente.
Bon. Certes. Oui. Mais. D'abord, je ne suis vraiment pas certaine que les relations de séduction gagnent à être interprétées en termes de lois du marché, parce que cela les rapprocherait des idées de consommation et de propriété, ce qui serait assez déplaisant (on va encore me traiter de gauchiste au couteau entre les dents, mais tant pis).
Ensuite, il y a d'autres raisons moins idéologiques. Du simple bon sens.
Un dragueur à la noix, c'est un homme qui ne vous plaît pas du tout, et qui cherche à vous faire comprendre que vous ne lui plaisez pas franchement, donc qu'il sera bien bon s'il accepte de vous fréquenter.
Un dragueur à la noix, c'est un homme avec lequel vous avez accepté d'échanger quelques mots parce que vous n'êtes pas un mur, et qui en profite pour vous traiter comme une... Hm, je m'égare.
Un dragueur à la noix, c'est quelqu'un de si lourd que vous avez rapidement envie de l'envoyer paître, mais, s'il sent que les choses tournent au vinaigre, il en rajoutera dans la vexation de façon à bien montrer que c'est lui qui vous envoie balader.
Non, vraiment, il n'y a pas de quoi se sentir flattée.

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Vincent 13/08/2006 10:33

Personne : "mais d'après ce que tu dis, je crois que quelque part, c'est analogue à ce qui se passe quand un démarcheur vous parle dans la rue".Pas mal trouvé, mais la différence importante, c'est qu'une femme moche ne se fait pas aborder. C'est en ça que le post de la Souris est à moitié convaincant : à choisir entre les deux, il vaut mieux se faire toujours draguer... que de ne l'être jamais.Suffit de parler avec des femmes qui ne sont pas gâtées par la nature pour savoir ce que c'est que d'être totalement invisible.

La Souris Blonde 13/08/2006 20:55

La question existencielle n'est pas "être ou ne pas être draguée" (là, on est d'accord), mais "être ou ne pas être draguée à la noix". Ce qui n'est souhaitable pour personne.

Dovobo 13/08/2006 03:54

Merci, je vais pouvoir faire lire cet avis féminin à ma copine, qui m'a tant de fois dit que je devrais être flatté des connards qui la draguent, parfois à peine ais-je le dos tourné - une souris blonde aussi.En même tant, je sais que ce n'est pas tellement son avis - que c'est flatteur - mais plutôt l'avis de ceux qui voudraient ne plus la voir avec moi...Ca me fait penser que les drageurs, en général, voient leur statut accepté en société précisément  du fait que beaucoup de personnes souhaitent qu'un tel ou une telle soit trompé(e).Et, lorsque on revient au réel sens du mot "jalousie" ( envier autrui, le convoiter), n'y a-t-il pas plus belle incarnation de la jalousie qu'un dragueur?Non! Subtil renversement,  c'est celui  qui tient  à la femme qu'il  aime, ou celle qui tient à son homme, qui devient jaloux.Dès lors on ne distingue plus non plus aimer et possèder, ce dernier verbe étant associé à la jalousie. Et pourtant, on n'est jamais jaloux de ce qu'on possède déjà, mais de ce qu'on veut possèder.Simplement, on aime.

La Souris Blonde 13/08/2006 20:49

Jolie analyse sur la possession.Quant à l'acceptation sociale du dragueur à la noix... Oui, en effet, hommes et femmes devraient être ravis de ce genre de "compliments", selon le bon esprit français. Pourtant on n'a jamais demandé aux riches d'être fiers de se faire escroquer...

ralphy 12/08/2006 23:38

Les dragueurs à la noix du Sud de Paris vont donc faire le tour de toutes les bibliothèques en quête d'une Souris Blonde au détour d'un guichet quelconque... Bibliothèque, Sud de Paris... mhhh... j'en ai bien une en tête, là, comme ça, au hasard ! ;-)

La Souris Blonde 13/08/2006 20:47

Rien que sur la rive gauche, tu as déjà pas mal de choix.Et puis, vu la fréquentation de ces endroits, autant chercher une souris dans une botte de foin...

HélÚne 12/08/2006 18:32

Oui, mais un DALN, c'est aussi une anecdote dont on sourit/s (jaune. Ou pas. C'est un peu comme blond, non? Je ne suis pas une puriste), plus tard.
> Personne : respire! :p

La Souris Blonde 13/08/2006 20:47

Alors, ce sont des histoires de blonde au carré ;-)

personne 12/08/2006 14:18

J'ai l'impression que le côté désagréable, c'est qu'un gros lourd profite d'une disponibilité générale, pour l'orienter dans une unique direction.
Je suis un homme, je ne peux donc pas juger du ressenti quotidien, mais d'après ce que tu dis, je crois que quelque part, c'est analogue à ce qui se passe quand un démarcheur vous parle dans la rue, que vous lui répondez, qu'il fait semblant dix secondes de vous parler comme à un être humain, avant de révéler qu'il ne vous parle que pour vous vendre une camelote quelconque, et qu'il va devenir très agressif si vous n'en voulez pas. On a tendance à se fermer pour éviter ce genre de situation désagréable, et c'est là que les gros lourds posent un problème autant aux garçons qu'aux filles : si on adresse deux mots à une femme parce que le bus n'arrive pas, l'étiquette "noix" surgit en deux secondes. On est parfois obligé de se montrer soi-même extrêmement froid pour bien souligner que non, on n'essaie de draguer personne, on essaie juste de parler à un être humain, et que tant qu'à faire, oui on aimerait bien ne pas parler à la petite vieille sur le banc, parce que d'expérience, on sait qu'elle ne nous lâchera plus après et que la guerre de 39, on connaît le chapitre. Et d'ailleurs, on peut aussi parler à une femme parce qu'on la trouve jolie, et c'est aussi agaçant dans ce cas d'être traité d'emblée comme un "gros lourd", parce que oui on la trouve jolie, mais si on n'a rien à se dire, on ne va pas insister non plus et c'est assez désagréable de lire qu'en face, la demoiselle ne nous fait clairement pas ce crédit.
Je me demande aussi si nous n'avons pas tous été, à un moment de notre vie, un gros lourd avec une fille, et ça expliquerait peut-être pourquoi il y a autant de garçons qui commentent sur ton blog...

La Souris Blonde 13/08/2006 20:46

Une autre piste pour comprendre pourquoi c'est important, par exemple, pour les sociologues, d'étudier les dragueurs à la noix. Il est certain que le phénomène influence assez lourdement les rapports entre hommes et femmes dans les grandes villes, et pas forcément dans le bon sens ; d'où l'intérêt d'en décortiquer le mécanisme (sans mauvais jeu de mots).