Drague à l'africaine

Publié le par La Souris Blonde

Parfois, comme un naturaliste découvrant une espèce de colléoptères non encore répertoriée, on rencontre un specimen suffisamment original pour être digne d'un article à lui tout seul. C'est rare, et de plus en plus à mesure que s'accroît la grande encyclopédie des dragueurs à la noix, mais ça arrive.
Et puis parfois, on en rencontre deux d'un coup.

Ou plus exactement, ces deux-là forment une expérience insécable, valent l'un par l'autre, ne peuvent être vendus séparément, puisque par leurs similitudes ils permettent de généraliser, de poser en quelque sorte le canon de l'espèce. Et la souris adore généraliser.

Le premier était tombé sur le poil de la souris au moment où elle arrivait à la gare pour y attendre son train une demi-heure – donc oui, elle avait le temps de discuter, mais pas là, non, pas au bout du quai désaffecté, dans le coin sombre derrière l'entrepôt de machines réformées, plutôt par là, où il y a de la lumière et plein de gens, tu vois.

Et une fois le premier laissé à courir d'autres chances sur le quai de la gare, le second, voyez-vous, était carrément dans le train. Je suppose que personne ne me contredira si j'avance que « voisine de train », c'est un peu le top en matière de public captif.

Or ce qui est intéressant dans la coïncidence – deux dln en moins d'une heure ! – , c'est la similitude des approches de ces deux jeunes gens que bien des points rapprochaient. Même âge à peu près, tous les deux nés en Afrique de l'ouest et venus en France faire leurs études, même mélange d'assurance infaillible et de voix curieusement basse, à la limite de l'inaudible. Et non, ce n'était pas un seul et même dragueur, désolée, tous les noirs ne se ressemblent pas.

Tous deux ont commencé de manière assez classique à poser des questions auxquelles ils oubliaient eux-mêmes de répondre – nom, âge, travail – et que la souris leur retournait avec constance. Et puis sont venues les Questions. Les mêmes, chez les deux, au point de se demander s'ils s'étaient donné le mot. Et arrivant au même stade, c'est-à-dire au moment où la souris avait clairement manifesté qu'elle vivait heureuse en couple (et prévoyait d'avoir beaucoup d'enfants). Donc, les Questions, et la première, d'abord :

« Combien d'hommes tu as eu ? »

ça, c'est une question fort indiscrète à poser à une parfaite inconnue. Elle est destinée, je suppose, à tester si la demoiselle est, ou non, une « chaudasse », et si elle l'admet ou non – autrement dit, sonder sa largesse d'esprit, si j'ose dire. Mais la question semble vraiment importante puisqu'elle arrive très rapidement chez tous deux. On peut penser qu'il y a derrière cette interrogation l'idée d'une sorte de loi des grands nombres : une femme qui a eu de nombreux amants sera plus à même d'en avoir de nouveaux. Une sorte de prolongation de la logique de la défloration : une fois une femme déflorée, « il n'y a pas de compteur là », comme l'écrit Marjane Satrapi dans Broderies, donc elle peut coucher avec qui elle veut : seul le premier pas compte. De même, si une femme a eu de nombreux amants, sa réputation et/ou sa pudeur sont déjà « déflorées » : pas d'obstacle, donc, pour les suivants ; elle n'a pas de raison de refuser, puisqu'au-delà d'un certain seuil le crime ne s'aggrave plus.

L'idée derrière cela serait donc que le principal motif pour une femme de refuser de coucher avec un homme est la préservation de sa réputation, sinon de sa virginité. J'aurais pour ma part plutôt tendance, pour ce genre de décision, à me demander avant tout si l'homme en question me plaît ou non ; mais visiblement, pour ces dragueurs à la noix, qu'une femme puisse choisir ses amants en fonction de ses goûts et non du qu'en dira-t-on ne leur vient pas à l'esprit.

Reste à savoir où se situe le seuil en question pour ces jeunes gens. Beaucoup, c'est à partir de combien ? Plus de dix ? Cinq ? Ou même... Plus d'un ?

A cette question, quoi qu'il en soit, la réponse est, tout naturellement : « je t'en pose, des questions ? »

La seconde question, là encore commune à tous les deux, concernait le copain de la souris :

« C'est un quoi ? »

Bizarre, comme question. Ben, c'est un homme, quoi ! C'est un garçon ! Ah, OK, tu veux savoir s'il est français. Ou blanc. Ou les deux. C'est encore plus bizarre, comme question. La raison m'en fut donnée par la suite de la conversation avec le second, qui dura plus longtemps, trajet en train oblige : celui-là ne pouvait pas, comme l'autre, se défiler une fois apparu bien clairement qu'avec la souris y'aurait pas moyen – « voisin de train », c'est un peu le top en matière de public captif, niark niark – il lui fallait donc entretenir la conversation avec, peut-être, l'espoir de convaincre par de nouveaux arguments.

Il s'agissait, en s'informant de la blanchitude du copain de la souris, de pouvoir établir une comparaison et le jeune homme argua que si la souris n'avait jamais couché avec un Africain (j'emploie ses termes), elle ratait quelque chose. Que la vie était courte, et qu'il ne fallait pas manquer une expérience. Pour ce dernier argument, oh certes, mais dans ce cas, la souris en manquera beaucoup : elle n'a jamais essayé les femmes, par exemple, ni plus de x partenaires simultanés – et quand bien même ç'eût été le cas, n'y a-t-il pas toujours une combinaison qui nous échappe et que l'on n'a pas essayée ? Diantre ! Et vous alliez mourir sans avoir connu cela ? Non, cela fait bien longtemps que la souris a renoncé à tout essayer avant de mourir – cela fait beaucoup trop, sans même compter les crimes – et décidé de se contenter de jouir de ce qu'elle a plutôt que plaindre ce qu'elle manque.

Quant au premier argument... Ne pas avoir « connu » un Africain, c'est manquer quelque chose. Diable. J'avais pourtant bien lu chez Gaston Kelman (Je suis noir et je n'aime pas le manioc, 2003), au chapitre « Je suis noir et j'en ai une petite », que la taille du sexe des noirs était un mythe destiné à les assimiler à des êtres purement physiques, voire à des animaux (et tiens, comme je suis d'humeur généreuse, je vais citer le paragraphe en question dans les commentaires, parce que c'est drôlement bon). Et voilà que j'ai en face de moi un noir qui me ressort fièrement ce mythique avantage avec un sourire en coin.

Je ne peux pas le traiter de raciste. Quoique. Mais le train est bientôt arrivé.
Je ne vais pas non plus lui dire que la taille ne compte pas.
Ni que certains blancs, ma foi...
Non, en fait, j'aurais dû demander à voir la marchandise. Oui, oui, là, dans le train, devant tout le monde. Après tout, qui de nous deux a commencé à tenir des propos inconvenants ?

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dwill ("Le Renoi sensé", mdr Y_Y'...) 07/03/2010 18:57


Mouais, quand j'ai fini de lire cet article je me doutais qu'il y aurait un commentaire immérité comme celui qui précède. Mais si tu as remarqué un comportement récurrent chez les dragueurs
Africains tu as tout à fait le droit de le signaler: c'est le thème du blog après tout...

Faudrait arrêter avec le statut d'"intouchables" des Noirs, si il y a quelque chose de mauvais à signaler chez eux, il faut que ça puisse être fait sans en valoir l'accusation de raciste T^T...

Bon, personnellement je ne me reconnais pas dans la "description du dragueur Africain".. maais c'est peut être tout simplement parce que je ne suis pas un dragueur - mais ouii, suis-je bêteXP,
oubliez ça alors

Enfin, je me suis quand même marré avec cet article^^, quoique - quand même, La Souris - tu aurais te débrouiller pour la lui sortir, ta réplique, au Dragueur n°2, ça l'aurait calmé. (et au pire,
si il était passé à l'acte, tu n'aurais plus eu qu'à appeler les policiers... - tentative de violXD)

BREF! Très bon blog, j'aime beaucoup^-^. Je repasserai sûrement - quoique je laisserai des commentaires bien plus courtsX).
Bonne continuation


le renoi fou 15/09/2009 17:24

autre chose. Je suis noir et je n'aime pas les rondes. Je suis sorti avec l'une d'elles et je regrette jusqu'à présent. Très peu d'amis dans mon entourage apprécient les rondes. Encore un autre amalgame.

le renoi fou 15/09/2009 17:23

j'espère que vous écrirez aussi le même article mais pour les pervers blancs qui poursuivent les filles noires avec le regard de bovin. Les dragueurs maladroits n'ont pas de race. Cet article est un torchon. Drague à l'africaine. Merci d'indexer une certaine catégorie d'individus.

Natacha 01/09/2009 12:21

J'ai lu quelque part qu'il y a d'autres exemples d'appropriation de clichés négatifs…

La Souris Blonde 07/09/2009 22:47


Merci, c'est mignon, ça.


Cb' 28/08/2009 01:45

ah j'y ai souvent eu droit à la drague black, car c'est un fait connu, les black sont plus attirés par les rondes, et je suis ronde!ouai, il parait que si tu rend un sourire à un black c'est un message lui demandant de te draguer et ne plus te lacher, carrément lourd!Heureusement qu'en vrai y sont pas tous comme ça.MdR encore une fois en te lisant, je commence à me dire que je vais lire tes articles à voix haute pendant les repas familiaux histoire de mettre l'ambiance!A quand un bouquin que je puisse le poser sur ma table de chavet après avoir bien ri???Bon par contre, je suis très intriguée par tes lectures loool

La Souris Blonde 28/08/2009 14:21


Alors Gaston Kelman, il faut absolument le lire, c'est un très bon bouquin (et pas seulement sur le sexe des noirs).