Speak softly and carry a big stick

Publié le par La Souris Blonde

Une petite chose rapportée de mes vacances : leçon de séduction méridionale. Juste une, les (potentiels) dragueurs à la noix et moi-même étant restés le plus souvent prostrés dans l'ombre fraîche des maisons pour éviter les 35° à l'ombre dehors.
Donc, comment draguer à l'heure de la sieste un jour de canicule.
Restez derrière la jeune fille, assez loin derrière, deux ou trois mètres au moins. Puis lancez des trucs fins et recherchés, comme par exemple "Bonjour", re-"Bonjour", "Trop charmante, vraiment", ou encore "T'habites par ici?". N'ayez pas peur de vous répéter, ni de lancer des platitudes : tout le secret de la réussite est dans le fait de parler doucement. Très doucement. Si doucement qu'on vous entend, mais à peine - pas du tout comme quand on interpelle quelqu'un dans la rue. Continuez donc à suivre la jeune fille d'un peu loin, en lançant de loin en loin un propos sussuré.
Et à quoi cela sert-il donc, ô grande souris, de parler doucement ? C'est là qu'apparaît toute la subtilité du dragueur méridional (méridional, ça m'a semblé un terme suffisamment vague pour le lieu de mes vacances). Car au lieu d'agir comme le gros bourrin extraverti auquel on l'assimile parfois en caricaturant grossièrement, au contraire, il lance à peine une ébauche de ligne de pêche.
Et si la fille se retourne pour répondre à un "boujour" aussi faiblement formulé, c'est qu'elle aura tendu l'oreille à ce propos. Et si elle se retourne seulement pour voir qui parle, c'est tout de même elle qui aura provoqué l'"eye contact". Et si elle répond carrément à une question murmurée si bas qu'on aurait pu douter qu'elle s'adresse à elle, alors c'est exactement comme si c'était elle qui avait lancé la conversation et abordé le garçon dans la rue.
Donc, en parlant très doucement et à distance, le dragueur méridional ouvre une possibilité, fait savoir très précisément à sa proie qu'elle est ciblée, tout en faisant reposer sur elle l'entière responsabilité du contact.
C'est très oppressant d'être suivie pendant quelques minutes par un homme qui parle doucement. Beaucoup plus, finalement, que d'en croiser un qui vous jettera ouvertement ses niaiseries dragouilliformes à la figure d'une voix haute et claire.

Où l'on voit que Theodore Roosevelt, avec sa fameuse doctrine du "big stick" (parlez doucement et trimballez un gros bâton), ne faisait finalement qu'appliquer aux relations internationales une vieille recette de drague de grand-mère, ou plutôt de grand-père, venue de nos latines contrées (là, il y a bien une contrepéterie, mais elle est vraiment trop idiote). Pêcher la cagole et mater les indigènes, ça doit bien être le même sport, en gros.
Ce qui nous permet d'avancer un peu sur la résolution de la fameuse question "why did the dragueur cross the road", ou faut-il être un beau mec pour être un dragueur à succès. D'après Teddy, que son lorgnon, sa grosse moustache et son aspect général un peu massif n'ont pas empêché d'avoir visiblement une grande confiance en ses succès, la réponse est évidemment non. Pas besoin d'être un beau mec quand on parle doucement et qu'on a un bâton.
Mais je ne suis pas certaine que son lointain cousin Franklin, cloué dans un fauteuil roulant, ait partagé ce bel optimisme. D'où une approche sensiblement plus nuancée des relations internationales chez ce dernier. Et d'où, également, une conclusion nécessaire à tirer sur la rude existence des dragueurs à roulettes, dont nous reparlerons dans un prochain épisode.
 
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$hiti 31/07/2006 13:22

"nos latrines contées", m'est avis...

La Souris Blonde 31/07/2006 14:28

Bravo !J'avais bien dit que c'était idiot.Je ne sais pas si les "latrines contées" valent les "contes de ma mère l'Oye" ou encore ceux de Grimm ou de Perrault. M'est avis que ça doit être une histoire de graffiti de pissotière.

vince 31/07/2006 10:30

Ne nous étonnons pas si la Grande Motte attire l'axe du mâle!
Bon je continue à chercher la contrepétrie...

La Souris Blonde 31/07/2006 14:29

Lao-Tseu l'a dit : si tu creuses dans le sable, tu ne verras jamais la fin de la Grande Muraille...

ralphy 31/07/2006 02:16

Chère Souris Blonde, tu nous as déjà indiqué avoir pris le train (supposément le TGV), maintenant nous savons que tu es allée dans le Sud, bientôt, on devinera la gare de destination, puis le lieu de vacances où la Souris Blonde aura passé une semaine de vacances ! ;-)

La Souris Blonde 31/07/2006 14:26

Oh ?Non.:-P