La jeune fille et la mort

Publié le par La Souris Blonde

Les mains enfoncées profond dans les poches de sa veste en jean, écouteurs autour du cou, queue de cheval moussue nouée d'un improbable chouchou, contenance tortillée et rire mal à l'aise, clichés verbaux au coin de la bouche, la collégienne me faisait penser avec attendrissement aux heures sombres de mon adolescence - à ceci près que jamais la souris n'eût osé taper la discute avec un joli blondinet à barbe de chat comme le faisait présentement la collégienne dans cette librairie où la souris laissait traîner ses grandes oreilles ultra-sensibles.

Lequel blondinet répondait avec enthousiasme aux avances gauches de la collégienne par des développements non moins surprenants sur les différents maux dont il était atteint, troubles nerveux et spasmes musculaires,  soucis dermatologiques, prédispositions familiales aux maladies de Parkinson, Alzheimer, Creutzfeld-Jacob, pathologies cardio-vasculaires et sanguines, macabre exhibition de sa chronique médicale intime.

La souris écoutait, dubitative, cette insolite parade nuptiale, songeant que c'était tout de même une drôle de manière de pécho et un tableau plutôt dissuasif pour la donzelle.

Et puis elle réfléchit deux secondes à sa propre adolescence. Aux goûts qui étaient les siens à cet âge-là. En fait, un garçon qui se serait présenté comme menacé par trente-six épées de Damoclès consanguines pendues en permanence au-dessus de sa tête, elle aurait trouvé ça hyper romantique et tellement courageux, tu vois, nan mais le pauvre. Il aurait acquis une ténébreuse originalité. Elle aurait été vachement touchée qu'il ose lui dire tout ça. Elle lui aurait trouvé un charme dark gothique fou. Et elle aurait été d'autant plus amoureuse de lui qu'il semblait plus voué au trépas, en lutte contre la mort et la fatalité, flattant son goût adolescent d'être contre, et elle se serait juré de l'aimer quand même, et aurait échaffaudé un grand drame crépusculaire dont il aurait été le héros tuberculeux, le soir, en s'endormant, après avoir révisé son contrôle de maths.

Non, en fait, une tactique en béton, le blondinet.
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Wam 07/04/2009 16:14

Encore un super article, j'adore !Toujours est-il que ce jeune homme semble avoir été sincère, quoi qu'on ne le saura jamais...T'aurai pu les suivre quelques jours au moins, qu'on ne fasse pas qu'imaginer la suite ! A quoi ça sert d'être une souris si tu ne te fais pas toute petite pour espionner les blondinets tuberculeux ?

La Souris Blonde 07/04/2009 22:56


Oh, mais je ne doute pas un instant de sa sincérité ! il était authentiquement fier de toutes ses tares !


Natacha 07/04/2009 11:36

J'ai l'impression que ça marche aussi dans l'autre sens : c'est comme ça qu'à commencé ma première (et unique ) histoire d'amour. Sauf que je ne simulais pas et que je ne cherchais pas à obtenir quoi que ce soit sentimentalement, j'étais authentiquement « fragile » (et je le suis de nouveau depuis qu'il m'a larguée ) et dépressive et suicidaire. Il est venu vers moi pour essayer de me remonter le moral, et puis après tout s'est enchaîné, les sentiments sont apparus, et ça conduit à une belle histoire de 15 mois.Cela dit, même si nous avions tous les deux le quart de siècle passé, on ne devait pas être « mentalement » très différents des adolescents.

La Souris Blonde 07/04/2009 22:55


ça, c'est une autre histoire, mais en effet j'ai l'impression qu'on est nombreux à avoir ce problème - comme s'il y avait quelque chose de cassé dans le processus de
maturation des petits d'homme, par chez nous.


Tony 07/04/2009 00:25

Mais il me semble avoir lu, à l'époque où je m'intéressais à la chose, que c'était un des premiers steps d'une drague réussie : si la fille commence à vous exposer ses défauts, c'est qu'elle est (très) intéressée. Et c'est une manière de tester que vous l'êtes encore, après un bref aperçu de ses tares.J'ai vécu une expérience de ce genre, quand une charmante lusitanienne m'avait confié ses divers maux, un peu hors contexte.J'avais été fort flatté que la belle me mette ainsi dans la confidence de ses petits défauts.Mais un peu refroidi aussi.Question de dosage sans doute.Cela nous conduit au cruel constat qu'après 3 ans, je ne connais pas la moindre de vos inavouables tares congénitales, Miss Souris. En l'absence de révélations de ce type dans les 2 années à venir, je vais commencer à sérieusement reconsidérer mes chances de succès...

La Souris Blonde 07/04/2009 22:53


J'ai de grandes oreilles.


Gorgonzolla 06/04/2009 23:24

Il manque la chute de l'histoire... L'apprentie souris a-t-elle mordu à l'hameçon? Gothic blondinet s'est il trouvé une infirmière?

La Souris Blonde 07/04/2009 22:52


Pas ce jour-là, en tous cas, mais leur conversation promettait revoyure.


Giusepe 06/04/2009 18:30

Malheureusement, ce genre de plan foireux se trouve aussi chez les adultes.Certains sont passés maître dans l'art d'éveiller la fibre protectrice d'autrui.Ensuite, il est assez difficile de sortir du piège, comme s'il était plus compliqué d'être franc avec les personnes qui se sont d'emblée positionnée comme "fragiles".

La Souris Blonde 07/04/2009 22:50


...
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...
C'est pas faux.