Comment être un non-dragueur à la noix

Publié le par La Souris Blonde

Au contraire de la fourmi, qui n'est pas prêteuse, la souris est généreuse (oups! Ma métaphore a filé).

Je vais donc ce soir, à la demande générale, livrer tous mes secrets sur...

Comment draguer sans être un dragueur à la noix

(Panneaux lumineux et clignotants, sirènes hurlantes, pom-pom girls, orchestre de cuivres, roulements de tambour etc. ça vaut bien un petit lancement.)

Règle n°1

Ce qui fait le dragueur à la noix, c'est sa méthode en béton. De la méthode, de la méthode, et toujours de la méthode. Donc, si je vous livre tous mes conseils de drague subtile et intelligente (et surtout efficace, tant qu'à faire) et que vous appliquez ma méthode à la lettre, et bien vous deviendrez... Un dragueur à la noix. C'est tout. La première chose à faire pour ne pas draguer à la noix, c'est ne pas chercher de méthode de drague.

Là en toute logique, ceux qui ont compris le raisonnement doivent cesser la lecture de cet article. Pour ceux qui s'accrochent...

Règle n°2

Vous qui entrez ici, perdez votre langue. Je veux dire, perdez la façon habituelle de l'utiliser. Désapprenez toutes les phrases d'approche qui sont censé marcher.

Et si tu nous en donnais qui marchent, la souris? Ou au moins, qui ont marché? Ah, mais alors, voir plus haut : la phrase subtile et originale qui a si bien marché jadis, dès lors qu'elle serait sciemment utilisée comme phrase d'approche, perdrait illico tout son pouvoir. La phrase qui marche, c'est une formule magique one-shot.

A ceci s'ajoute un autre problème, qui s'énonce comme suit (roulement de tambour, encore) :

"Tous les goûts sont dans la nature."

Car si je devais donner quelques exemples de phrases qui ont déclenché de ma part au moins un sourire et un bout de conversation, je mentionnerais notamment un trait d'esprit subtilement cartésien et un compliment teinté de philosophie platonicienne.

Quand je disais que tous les goûts sont dans la nature.

Règle n°3

Un peu de spontanéité, que diable ! L'ennui, avec le dragueur à la noix, c'est qu'il mange sans faim, pourrait-on dire. Il exploite toutes les possibilités, méthodiquement, avec un sens de la rationalisation de l'effort qui écoeure. Donc, ne sera pas un dragueur à la noix celui qui réservera l'exercice de ses talents de séducteur à la personne qui l'aura sincèrement, profondément ému, celle en qui il aura réellement reconnu quelque chose de spécial, celle qu'il n'attendait pas - et pas juste une parmi d'autres possibles. Et là, normalement, on entend les violons.

Généreuse et moralisatrice, je sais.

J'entends d'ici tous mes dragueurs de rue : mais vingt fois par jour, je suis sincèrement et profondément ému par cette jeune personne pour qui je sens mon coeur battre déjà d'un sentiment immense ! Oh mon dieu... Qu'ils sont fleur bleue, les dragueurs à la noix.

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w 04/09/2009 21:26






J'ai eu beaucoup de plaisir à lire ce blog. Cependant, les règles énoncées ici me semblent incohérentes. Le message qu'elles délivrent est peu conséquent et très à la mode : soyez vous-même !
 
Lorsqu'on réalise un portrait photographique, plus l'image est mise en scène, pensée, plus la personne photographiée se trouve naturelle sur le cliché. De la même façon, le naturel prôné par les femmes correspond moins à une attitude conforme à l'être du dragueur qu'à une attitude conforme à l'idée que la femme se fait de l'homme absolu.
 
Les dragueurs grossiers ou tout simplement ininventifs sont très naturels, et c'est justement pour cela qu'ils sont si peu convaincants : ils ne rationalisent rien du tout, sortent dans la rue fidèles à leur Moi bien-aimé, leur conformisme et leur stupidité. Ils s'expriment en mélangeant les registres de langage, draguent dans la rue de Rennes de la même manière qu'au Clos-Saint-Lazare. Ils sont en outre très spontanés lorsqu'ils insultent les femmes qui les éconduisent (« Pétasse » ou sa variante « T'as vu ta gueule? ») — le fruit sec profère des insultes pour ne pas perdre la face, préférant terminer un échange sur une agression qu'il commet plutôt que sur une agression qu'il subit, ou qu'il estime subir.
 
J'ai récemment demandé à des Anglosaxonnes francophones de me traduire le mot drague. Elles n'ont pas pu m'apporter de réponse ; il n'y a pas de mot équivalent dans leur langue, cette pratique restant peu répandue au Royaume-Uni, voire inexistante. L'existence du mot est indissociable de l'existence de la pratique. Et une pratique est, selon le dictionnaire, l'application de règles et de principes d'une technique. La drague naturelle, spontanée, ne saurait donc exister.
 
Tous les goûts sont dans la nature, évidemment ; les gouts dépendent de codes acquis dès l'enfance, qui dépendent donc eux-mêmes du milieu d'origine des gens. Le dragueur est ainsi voué à vivre une série d'échecs ou un succès très modeste s'il est naturel, spontané, s'il s'avère incapable d'établir des catégories sociales et de s'y adapter dans le but de plaire à chacune d'elles.
 
La plupart des femmes refusent d'admettre l'efficacité du stakhanovisme et des techniques en béton ; difficile en effet d'accepter la triste réalité et de se résigner à être la victime d'une stratégie, le sujet de l'habile tour de passe-passe d'une coque vide (dans le genre je ne t'attendais pas, ton charme exceptionnel m'a détourné de mon chemin par hasard). Pourquoi tant d'animosité contre les dragueurs méthodiques ? Des sentiments véritables ne peuvent-ils pas parfois surgir d'une pratique de manipulateurs patentés ?
 
Enfin, pourquoi prétendre avoir une attirance pour l'esprit cartésien, l'école du rationalisme, tout en chargeant les fruits secs méthodiques-en-béton ? Discours de la méthode, le premier livre de René Descartes, explique que les hommes doivent se rendre « maîtres et possesseurs de la nature ». Le cartésianisme va à l'encontre du discours des adeptes du naturel, du spontané et du coup de foudre (ces derniers sont victimes de leur inconscient, victimes de la nature).
 
Le contraire du dragueur à la noix, ce n'est peut-être pas le type spontané mais le romantique inhibé, celui qui a véritablement reconnu ce que la fille a d'exceptionnel et qui, de fait, ne parvient ni à soutenir son regard, ni à la toucher. Il deviendra dans le meilleur des cas son confident — ladite fille se tapera assurément les amis de son confident, préférant l'assurance des mauvais garçons à l'intégrité du romantique inhibé.

jérome 31/07/2008 21:29

C'est vrai que tu es quand même meilleure pour tailler les gens et les critiquer que pour leur donner des conseils qui pourraient leur être utiles!!!

La Souris Blonde 09/08/2008 15:05


Tiens, t'as changé de sexe depuis tout à l'heure.


Antoine 28/06/2007 02:31

Bel article !

superwandrille 22/05/2007 23:21

Tout de même, c'est drôlement plus amusant de réinventer la roue à chaque nouvelle fille.Elles sont parfois si particulières, c'est quand c'est pareil, et que c'est du réchauffé de vieilles recettes qu'on s'ennuie, je trouve.Mais bon, parfois, un coup facile, ça fait plasir, ça rappelle l'adolescence, et on se laisse aller à sortir un vieux joker et à remporter le jeu sans coup férir..Mais bon, faut que ça reste exceptionnel

Blusher 05/09/2006 14:40

Elle formule un souhait parfaitement narcissique.
Si vous etes beau, sur de vous equilibre et instruit je n'irai pas a vous mais j'aimerais que vous le fassiez. Faites moi croire que je suis differente des autres, que ma seule vue a provoque une envie irrepressible et spontanee de venir me parler. Du haut de mon ego surdimensionne, je daignerai peut-etre aller boire un cafe en votre compagnie.