Une noix creuse

Publié le par La Souris Blonde

C'était un ancien camarade de lycée. Un "grand", enfin, un peu plus que moi, et donc nimbé à mes yeux d'une aura d'intelligence, de culture et de maturité telle que je le regardais forcément par en-dessous, malgré le peu de centimètres effectifs qui nous séparaient. Bref, je l'avais recroisé dans les rayons de la FNAC,

Et ceci se passait dans des temps très anciens.

Miracle d'un visage vaguement connu que l'on retrouve par hasard : nous nous retrouvions comme de vieux potes, alors qu'il faut avouer que la somme des mots échangés à l'époque où nous fréquentions la même cour de récré devait pouvoir se compter sur les doigts des mains, disons, d'une classe d'une trentaine d'élèves.

Comme de vieux potes, façon de parler, évidemment. Très vite, nos relations prirent un tour particulier, et certains regards coulés, une certaine qualité de nos rires, un conscient empressement à prolonger et multiplier nos entrevues laissaient agréablement augurer de la suite.

Notre amitié suivit donc son cours naturel, lorsqu'un beau soir...

Le suspens est insoutenable. Je ne serai pas cruelle. Pour une fois.

Un beau soir, alors que nous échangions nos premiers et chastes baisers, quelques mots échappèrent de la bouche du plaisant jeune homme : "Mais enfin, tu t'étais pas rendu compte que je te draguais?"

Un peu mortifiée qu'il s'approprie ainsi tout le mérite de notre rapprochement vu la débauche de charmes que j'avais mobilisé les jours passés, je passai néanmoins sur la trivialité du propos et laissai mon coeur continuer à faire de petits bonds dans ma poitrine et dans les bras de, donc, cet amour-là.

Quelques minutes après, pourtant, ce fut le coup de grâce. A nouveau ses lèvres délicates s'entrouvrirent pour laisser passer cette sentence qui me figea sur place sur le canapé : "Non parce que c'est vrai que je suis un beau mec, tout de même."

Un "beau mec".

Alors que j'étais toute prête à louer sa grâce singulière, à lui trouver des attraits peu communs, à me pâmer sur les ombres bleues de ses paupières et les étranges ondoiements de ses cheveux, alors que je me chavirais pour tout ce qu'il y avait d'original en lui, alors que j'étais sur le point de faire des vers dignes de Shakespeare sur "the dark beauty" ou de Baudelaire sur "le beau bizarre", voilà que mon Adonis postulait au titre de "beau mec". C'est à dire cette beauté affligeante, en plastique, faite au moule, tout au plus bonne à faire la couverture de "Men's Health".

Une puissante odeur de drague à la noix envahit la pièce.

Et je ne l'ai plus jamais aimé.

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Borgia 26/05/2006 19:16

Mon dragueur préféré, je crois ;)

vincent 23/05/2006 21:56

Tiens un qui a réussi au moins ! Mais c'est dommage pour lui apparemment il s'est grillé juste après le bisou en croyant que c'était dans la poche....trop de confiance, erreur de jeunesse!

Grenouille 23/05/2006 15:38

Faut encore le trouver, l'homme altruiste et généreux. Rappelons quand même pour la petite histoire que nous sommes tous des enfoirés.
Ah, ça mais !

Grenouille 22/05/2006 14:48

Ben alors ? Mon commentaire ne s'affiche pas ?

Grenouille 22/05/2006 11:22

En dehors du postulat de beaugossitude, je trouve ça assez limite de s\\\'auto-évaluer comme ça. C\\\'est tellement plus décent d\\\'attendre les compliments avec un air de fausse modestie et de rougir en tortillant les orteils.
Ceci dit, je ne sais pas comment il aurait réagi au beau bizarre ;)

La Souris Blonde 22/05/2006 17:11

Oui, oui... Mais sans doute sa légère tendance à la vanité assumée faisait-elle partie des choses profondément originales qui m'attiraient chez lui? Après tout, aimer un homme altruiste et généreux, c'est d'un banal...