La chanson a quelque chose de lancinant. C'est vrai ça, les personnages ne varient pas beaucoup : une ou plusieurs
souris, un ou plusieurs dragueurs, à la noix ou non, et une fin de préférence en queue de poisson pour les acides gras essentiels. C'est structurel et inévitable : le sujet ne se renouvelle pas.
Il se duplique, il prend des formes diverses, mais au fond, les dragueurs de rue, ça revient un peu toujours au
même.
Et parfois certains d'entre vous, peuimporte qui, trouvent l'air sacrément triste, voire déprimant. Avouons-le, ça dépend en
partie des saisons. Le dragueur d'hiver n'est pas le même que le dragueur d'été. Autant ce dernier est foisonnant et inventif devant les souris parées de leur plumage d'été, autant l'autre, celui
qui nous occupe en ces mois frisquets, a quelque chose de sinistre. Il drague en période creuse. Il drague des trucs emballés de grands manteaux pas franchement affriolants. Il drague en
soufflant sur ses doigts gelés. Son activité a quelque chose d'un acharnement revanchard contre la nature. Les dragueurs d'hiver ont donc souvent un air plus glauque encore que ceux de l'été.
Mais pas seulement.
Revenons aux fondamentaux : ce blog est un blog drôle. Enfin il essaye. Mais il a avant tout pour but de montrer une réalité, celle de l'agression permanente dont sont victimes les femmes à
Paris, simplement en sortant dans la rue. Agression qui ne dit pas son nom, qui se fait passer pour flatteuse, mais qui
n'en est pas moins une intrusion violente dans votre droit à vivre en paix.
Je ne sais pas si c'est la même chose ailleurs, mais tous les témoignages que j'ai eus concordent : il y a bien une spécificité parisienne. Donc je tourne autour de ce thème-là. Qui est quelque
chose de fondamentalement déplaisant. C'est un fait, quoi qu'on y fasse. Les dragueurs à la noix, essentiellement, ce sont des hommes qui font pleurer les filles. Pas pleurer des rivières, non,
pas pleurer d'amour ou de regrets, mais pleurer de rage et d'impuissance, pleurer sur leur faiblesse, pleurer de ne pas pouvoir mettre un pied dehors sans être vulnérable aux injures du premier
ostrogoth venu. C'est un fait sociologique aussi, puisque les dragueurs à la noix contribuent, et pas qu'un peu à mon avis, à tendre les rapports entre les gens dans la capitale, à faire monter
le niveau d'agressivité ambiante, et à transformer les parisiennes en forteresses ambulantes - ce qui ne facilite pas ensuite la tâche aux gentils garçons, ni aux forteresses susdites pour
rencontrer l'homme de leur vie d'ailleurs.
Evidemment, transformer les dragueurs à la noix en sujet de blague, ça aide. ça permet de se réapproprier l'espace public, au mieux, et de redevenir une souriante souris citadine sûre d'elle,
riant au nez des noix. Au pire, de surmonter quelques très sales souvenirs. La perspective de faire un article de blog fait prendre patience, c'est sûr, la souris est bien moins vulnérable
lorsqu'elle connaît déjà sa revanche. Il n'en reste pas moins que la souris préférerait, oh oui, de loin, n'avoir jamais de matière à article et n'avoir jamais eu à ouvrir ce blog. Car le fond du
sujet n'en reste pas moins très, très déplaisant. C'est ce qui fait que malgré les excès, le féminisme reste un discours légitime et pas une vocifération de frustrées aigries (bon, avec une
exception pour toi, évidemment, qui traitais courageusement depuis un forum la souris de "petite nana complètement soumise à l'ordre machiste" et prenais le lien vers FTS pour une publicité, mais
après tout il y a aussi des femmes stupides, c'est ça l'égalité des sexes).
Alors finalement, j'avais fait ce blog essentiellement pour réconforter et faire rire les souris, mais qu'il soit lu essentiellement par des hommes, c'est très bien et c'est très utile. Parce que
les femmes sont au courant de cette réalité. Pour elles toutes, c'est une évidence. Les hommes, non. Ils ne la vivent pas. Jamais comme ça. Ils ne la ressentent pas. D'où des réactions bien
souvent ironiques : "oh, trop dur, tu te fais tout le temps draguer" "ah, quelle horreur, t'es super belle, ça doit être un calvaire", quand ils n'interprètent pas la geste souricienne comme un
procédé de drague particulièrement pervers visant à donner à une souris un peu blette de la valeur ajoutée sur le marché du flirt internautique.
Donc - ce blog n'est pas un appel au secours, ça va, merci. Mais quand vous percevez le dégoût à travers les sourires, quand vous avez, vous aussi, envie de vomir au tournant d'une réplique qui
peut sembler drôle sortie de son contexte, quand à la longue vous trouvez les contes de la mère Noye franchement pas drôles, pour moi, c'est encourageant et c'est un progrès. Quelque chose est
passé de mon message.
Si ce blog peut servir à faire partager un peu, outre la bonne humeur, l'expérience vécue de cette violence constante et contribuer à faire changer l'opinion commune sur la drague, cette joyeuse
gaudriole bien française, cette plaie de la vie urbaine, alors j'aurai pas accumulé ces tas de noix pour rien.
Lundi 2 février 2009
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14:06
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Et pourtant, on rit de votre façon de le traiter, de votre façon de mettre en lumière le ridicule. Peut-être chaque homme lisant vos histoires a eu, à un moment, un peu honte de se reconnaître...
J'ai dans ma sacoche de nombreux exemples de parisiens foncièrement plutôt bien intentionnés, qui à force de faire illégitimement l'objet d'un mépris de circonstance, et de constater les mêmes mécanismes de défense sur des souris radicalement dissemblables, ont décidé de devenir cyniques à leur tour.
Tu en retrouveras surement parmi tes anecdotes, probablement pas de ceux qui te proposent leur salive ou qui accompagnent tes promenades de leurs sifflets, mais assurément de ceux dont tes certitudes apparemment excessives ont cru déceler les vices à partir d'une parole tout juste trop anodine...
C'est un peu l'histoire de l'oeuf et de la poule, personne ne peut dire qui, de la souris qui se rêve princesse avant l'heure, ou du crapaud qui jure qu'on ne le reprendra plus à jouer au prince, est apparu en premier. On peut tout au plus prédire de beaux jours à ton blog, puisque ces deux espèces se nourrissent inexorablement de leurs excès réciproques.
Pour la question de la poule et de l'oeuf, la solution est aisée : à la froideur des parisiennes, on ne trouve pas d'autre cause que le harcèlement dont elles font preuve. Ce harcèlement en revanche, cette agressivité des dragueurs, trouve ses racines ailleurs (je le développerai dans un prochain article), et peut donc revendiquer le triste mérite de l'antériorité logique.
De même, je suis sûr qu'on peut trouver assez aisément bien d'autres tenants à la froideur apparente des parisiennes... Mais j'attendrai sagement de lire ta version de l'Histoire.
Si tu parles des mêmes sourires que moi, alors la réponse est oui, c'est évident.
Sinon... De quoi parles-tu ?
A Marseille cela existe au moins un peu, je n'y suis jamais restée assez pour comparer avec Paris.
Et en Argentine, c'est une institution, il y a même un mot pour désigner le "compliment" fait par un homme à une inconnue: piropo. Les hommes de tout âge et tout statut matrimonial s'y adonnent avec passion. Y compris en présence de leur épouse pour certains O_O
Un commentaire également sur le fait que ce sont surtout des hommes qui lisent le blog: puis-je me permettre de corriger en disant "surtout des hommes qui commentent"? car peut-être autant de femmes lisent-elles ce blog en restant muettes, cela ne m'étonnerait pas.
Il y a pas mal d'endroits où la drague est intense je crois ; la spécificité parisienne, ce n'est pas tant la constance de la drague que son agressivité - autrement dit la rapidité avec laquelle un dragueur t'insulte quand tu lui réponds gentiment que non. De source sûre, c'est pas pareil à Marseille. Et si la drague est un sport national aussi bien accepté en Argentine, c'est sans doute qu'elle ne comporte pas cette dimension d'agressivité.
Enfin voilà je crois que je te l'ai déjà dit mais j'adore ton blog c'est une vraie bouffée d'oxygène de lire tes chroniques... c'est un peu pour ces mêmes raisons que j'ai ouvert le mien même si ça part un peu dans tous les sens... et que je m'attèle plus aux enfoirés affectifs que j'ai pratiqué sur le moyen terme et sur les cas déséspérés que j'ai pu croiser... Mais tiens j'y pense, j'ai un drageur à la noix dans mon blog, le vigille!!! (cas desespéré n°3 dans la catégorie ah! les hommes!)
Bon sinon j'ai raconté ma petite escale par chez toi dans mon tour des blogs en 80 clics (8)
au plaisir de lire tes nouvelles (mes)aventures :s lol
Du nord de la Loire, au moins.
Jamais il ne me viendrait à l'idée de siffler quelqu'un ou de l'insulter parce que j'essuie un échec de séduction. Certes je ne suis pas parisien mais presque. Ce n'est pas une question de lieu, un abruti qui ne respecte pas les autres à Paris restera un abruti dans un village de campagne.
je reste persuadé que ce genre d'individu considère également bien mal ses contemporains homme, et là je parle du petit jeune à casquette comme du jeune cadre dynamique en costard et golf...
Maintenant, un problème d'éducation aussi fréquent, j'appelle ça un problème de société.
Me vient alors une question, comment distinguer un sourire à la noix d'un sourire à la "pasnoix" ?
Et là, je pense qu'entre les sourires francs (de la souris) et les sourires avec dégoût intégré, autrement dit les occasions où la souris trouve les dragueurs à la noix plutôt touchants et celles où elle désespère de l'humanité (pas si fréquentes, d'ailleurs, si l'on regarde bien), y'a pas vraiment possibilité de se méprendre.
Je n'sais pas d'où vient ce sentiment triste quand je lis tes textes mais faut pas chercher à comprendre, on verra ça dans quelques articles peut-être ! Merci de ta réponse en tous cas
Et que dire des patauds timides qui s'essait à cet exercice de plus en plus compliqué qu'est celui de la drague??
Muxu d'un célibataire
Et que dire des patauds timides qui s'essait à cet exercice de plus en plus compliqué qu'est celui de la drague??
Muxu d'un célibataire
Je n'ai pas voulu jeter l'opprobre sur toute la gente masculine. Il y a pas mal de profils différents dans les portraits de la souris. Certains pointent avec ironie de coupables penchants masculins à propos desquels, oui, il m'est arrivé de m'interroger sur une possible résonance intime.
Ce qui ne fait pas forcément de moi -non plus- un dragueur à la noix.
Sauf peut-être ce dégout qui nous viens de sortir de chez nous, quand on est une femme seule sans compagnie masculine pour l'accompagner et qu'on n'a nul part où aller, juste l'envie de flaner le nez en l'air. Parce qu'il n'est pas très délassant de se prendre des commentaires salaces, des invitations graveleuses, des insultes ensuite, tout les trois pas (la meilleure de ces insultes étant qd même le "raciste !" qui vous oblige presque à vous justifier de votre non envie d'aller boire un verre avec celui-là même qui, si ça se trouve, déplorera les moeurs des filles de son ethnie qui foutent le camp au contact des gauloises)
Et puis c'est marrant aussi comme ces tentatives de drague ciblent les jeunes filles. Je me faisait beaucoup plus emmerder à 20 ans qu'à 28, à 14 qu'à 20 - et ça me mettait dans des états de rage absolue.
Au fond, est-ce bien de drague qu'il s'agit ? Nous deux savons bien qu'il n'en est rien, mais on va faire comme si on se posait vraiment la question. Ces remarques qui vous font comprendre que votre cul, tout comme le banc public ou la facade de l'hotel de ville sont du domaine public et commentable à voix haute par tout un chacun, n'existent-elles pas uniquement pour vous faire intégrer l'idée de votre infériorité sociale ? Le fait est qu'on s'en prend plus volontier aux jeunes filles qu'aux jeunes femmes. Plus c'est jeune et plus c'est impressionable. Et plus ça vieilli, plus c'est aigri, c'est bien connu.
http://ladiesroom.fr/2009/02/18/drame-de-la-drague/
Les interventions de Naibed en commentaire me paraissent pertinentes.
Je viens aussi de temps à autre sans avoir jusqu'à présent jamais laissé de commentaires, tant sont parfaitement rendues ces scènes trop souvent vécues? Beaucoup plus rarement aujourd'hui heureusement, ce qui est une des joies de l'âge venant, car les amateurs de Milf, selon le vocabulaire des dragueurs à la noix à manuel visant à déshumaniser leurs cibles, sont plus rares et moins agressifs. Car le dragueur à la noix, c'est surtout celui qui pousse à ne plus mettre de robe ni de jupe sauf accompagnée d'un homme, à ne pas sourire dans la rue et à éviter soignement de croiser des regards. C'est celui qui du seul fait de nous avoir abordé dans la rue perd à jamais toute chance tandis qu'on lui oppose un sourire de façade en charchant la stratégie la plus efficace pour s'en débarrasser sans qu'il devienne agressif. C'est celui qui nous entraîne à la marche rapide et au repérage des boutiques à double entrée pour s'en débarrasser. C'est celui qui de par sa seule intrusion brusque dans l'espace intime assombrit une journée. C'est celui dont le regard nous réflète nue et dégradée et ne provoque que le dégoût ou au mieux l'agacement. Ce n'est pas celui, car il y en a aussi, bien que proportionnellement très peu, qui par un sourire clair, une remarque légère, ensoleille le moment car l'on sent que, même si on lui dit non, il restera souriant et fair-play, ce qui donne envie de dire oui... Merci Souris Blonde pour ce site, dont j'espère qu'il existera toujours dans quelques années pour que le fasse lire à ma fille à l'âge où elle commencera à subir ce type de harcèlement, pour en limiter l'impact.
j'aimais déjà ce site pour son humour, comme beaucoup...
Je pense que c'est très bien faire que d'expliquer et de "dénoncer" les choses comme celles là, pour ma part je n'avais aucune conscience de ce phénomène et de son effet sur vous.
si les hommes viennent, c'est aussi qu'ils veulent je pense s'améliorer et qu'ils sont à l'écoute de ce que disent les femmes, (quand elles le dise)
Donc, mon brave gars, il se décompose un peu mais tente de poursuivre dans la veine "je me rend sympathique et séduisant" (il faut dire que je le trouvait plutôt sympathique, dans ses tentatives maladroites de lier connaissance). Et il me dit, texto :
- moi, je suis ici depuis peu... je connais pas beaucoup de gens... Mais j'aime bien discuter avec des filles blondes... Des jolies filles blondes... comme toi"
- Blonde ? Mais je suis pas blonde, moi !"
- Heu... Mais si... heu... un peu ?"
- Non"
...non, je suis pas blonde du tout, pas même un peu, pas même relativement aux filles brunes de son pays, j'ai les cheveux brun foncés, presque noir. Mais je suis européenne, donc blonde, cqfd
Sinon, pour le "Vous faites quoi ? Vous allez rejoindre votre copain, point." deux remarques:
1. Il y en a que ça ne décourage même pas...
2. N'est-ce pas dommage d'avoir à mentir pour ne pas être importunée? "J'ai un copain" devient une sorte de permis de circuler sans lequel on n'aurait pas le droit de se balader seule dans la rue...
Certains hommes manquent fondamentalement de confiance en eux, en leur pouvoir de séduction, en la valeur de leur personnalité. Cependant ce profile se divise principalement en deux groupes: ceux qui vont intérioriser leur frustration, et apparaîtront timides, mais toujours respectueux, et ceux qui exprimeront leur impuissance par la colère et le manque de respect: les drageurs à la noix.
Enfin, il y a les hommes qui ne manquent pas de confiance en eux, qui sont sûrs de ce qu'il valent, ce qui n'en fait pas forcément des dragueurs d'ailleurs: pour ceux qui le sont, c'est beaucup de conquêtes, et pour ceux qui ne le sont pas, c'est qu'ils peuvent ne pas en avoir envie ou pas besoin.
Et a toi la souris blonde, je ne te souhaite pas bonne continuation car cela voudrait dire que tu te coltinerait encore pleins de noix.
The Poulpe
Et ensuite, par un curieux hasard, je me suis retrouvé assis en face d'elle.
Ma première souris blonde en vrai.
Mais je suis un peu déçu, car son comportement était vraiment très normal.