Le dragueur de gare - 1 : Faute de grives, on mange des noix

Publié le par La Souris Blonde

Cette année, et pour le premier Noël à la noix, la souris se fait à la fois père Noël et père Fouettard : elle vous offre une Grande Noix de Noël, en quatre volets, avec un cadeau caché à l'intérieur... et un martinet aussi.

Les dragueurs à la noix sont un peu comme les perles qu'on trouve dans les huîtres : ils auraient quand même pu choisir des endroits moins moches pour se développer. Là, c'était la salle d'attente d'une gare parisienne, aux trois quarts désertée à cette heure avancée de la soirée, et le dragueur de gare s'était d'abord présenté comme un tapeur de gare, s'enquérant si d'aventure la souris n'avait pas, sur son forfait, quelques minutes surnuméraires dont il pourrait user.

Non. Qu'à cela ne tienne, le tapeur s'était déjà métamorphosé et, alignant les « oh, tu as de beaux yeux », « de bien beaux yeux », « je suis hypnotisé par tes yeux », « c'est quoi ton prénom » (Musaraigne, sans hésitation), s'installait sur le siège voisin.

Pour saisir tout le sel de la situation, précisons qu'à cette heure tardive la souris sortait de la piscine et attendait de rentrer enfin chez elle. C'était donc une souris vêtue d'un vieux sweat, sans maquillage aucun, au teint rougi, aux cernes profondes, aux yeux brouillés par le chlore, tassée sur elle-même, hâve et fatiguée, les cheveux entortillés en une piteuse queue de rat mouillé, et occupée à lire un austère traité de psychologie comportementale en vidant consciencieusement un tout aussi austère plat de lentilles au chèvre de sa composition. Le tableau n'était pas franchement tout ce qu'il y a de plus aguicheur.

Mais pour un dragueur affamé, même le dîner le moins glamour est prétexte à faire la conversation, et les yeux de noyée doivent avoir leur charme. Aussi ne manqua-t-il pas de rebondir immédiatement sur le premier détail visible qui lui permette de dire quelque chose, même n'importe quoi, surtout n'importe quoi :

« ça a pas l'air très appétissant, ce que tu manges ! »

La souris craignit un instant qu'il ne veuille goûter. Mais non, c'était juste histoire de causer.  De beaux yeux et de vilaines lentilles, donc. Car la souris venait de réaliser que jusqu'à l'affichage de ce fichu train, son attente allait être agrémentée par la compagnie d'une espèce tout à fait particulière : le dragueur de gare.

(à suivre...)

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SF 20/03/2011 21:01



Etre en sweat capuche et les cheveux sales n'empéchera pas un homme de voir le potentiel en toi.



Gorgonzolla 20/12/2008 17:25

« Ca a pas l'air très appétissant, ce que tu manges ! » ...  Cette phrase, c'est tout sauf du n'importe quoi...  Un peu scolaire peut être, mais bon, la tactique est connue et a été décrite, disséquée et expliquée par Sun Tzu dans l'Art de la Guerre. Il faut y lire en filigrane le brin de provocation destiné à faire réagir la Souris, à la faire sortir de son indifférence. Un peu comme on piquerait une tortue pour la faire sortir de sa carapace! Pour un dragueur à la noix, une souris qui réagit (même mal), c'est mieux qu'une souris stoïquement marmoréenne...

La Souris Blonde 22/12/2008 11:23


C'est, en effet, la tactique décrite par Sun Tzu sous le nom de neg...


Café 20/12/2008 12:26

Chère Souris blonde,Le chat de Schrödinger vous remercie. Il en avait vraiment marre d'être toujours raconté de la même façon. Mort à 72%, vif à 28, la révélation lorsqu'on lève le couvercle. La nouvelle version est autrement plus amusante : chanceux à 72%, malheureux à 28 ; on saura vraiment ce qu'il en est lorsqu'il aura bondi. Chanceux s'il attrape la souris, malheureux s'il tombe sur la musaraigne.Affreux D-Rat-Gueux-Rat Lanoix

La Souris Blonde 20/12/2008 16:09


J'aurais plutôt tendance à inverser les proportions : chanceux à 28 %, malheureux à 72 % ; mais sinon, oui : bien mystérieux est l'état de la souris de
Schödinger...


Café 20/12/2008 12:18

Je viens très respectueusement de repérer une incohérence dans votre texte : avec de beaux yeux, les lentilles sont toujours belles.

La Souris Blonde 20/12/2008 16:07


Bin non, tu viens juste de repérer un jeu de mots. Bravo !


Dovobo 20/12/2008 00:58

Les carnivores s'attaquent toujours aux animaux malades et éloignés, voire s'intéressent aux charognes, proies faciles.Enfin je vois peu de dragueur s'attaquer à un troupeau organisé de souris blondes, ou à une souris blonde en tailleur, sac, gucci, rouge a lèvre, et cheveux tirés - qui suscite plutôt la crainte phallique.Ben oui, une femme qui ressemble à un homme, ou l'égalant, c'est plus dur de se sentir supérieur - et en plus ça mange moins de lentille au chèvre en salle d'attente sncf que de mézzé bio en backstage.Tout ça c'est un rapport de pouvoir symbolique chère amie.(Re)lis donc "raisons pratiques" de Pierre B.  

La Souris Blonde 20/12/2008 16:07


Mais non, tu sais bien que je lis pas Bourdieu.