Fondements de la métaphysique des noix

Publié le par La Souris Blonde

L'homme sera d'abord ce qu'il aura projeté d'être.

Le dragueur à la noix, lui, avant même de projeter, a un sacré problème avec l'être. Le dragueur à la noix, son souci, au fond, ce n'est pas de choisir ce qu'il sera ; non, son problème, c'est de parvenir à l'existence, d'abord et avant tout. Le dragueur à la noix a besoin de se sentir exister car il est tout vide à l'intérieur : toute noix est noix creuse. Il est, pourrait-on dire, existentiellement déficient ; et pour advenir à l'être, c'est un peu comme Oncle Sam, il a besoin de vous.

Le dragueur à la noix jouit du sentiment de sa propre existence chaque fois que vous le remarquez. Aussi ne s'adresse-t-il à vous que dans votre dos, pour que vous soyez forcée de vous retourner pour lui répondre - manifestant ainsi son existence ; aussi parle-t-il à voix fort basse, pour que soit mis en évidence qu'à ses propos vous avez tendu l'oreille ; aussi vous siffle-t-il entre ses dents comme un chien, épargnant l'adresse directe et jusqu'au si courant "mademoiselle", faisant ainsi reposer sur vous la responsabilité de vous sentir la cible de cette apostrophe la plus anonyme qui soit.

Et Sade l'avait bien vu, qui soulignait qu'il est plus directement satisfaisant de faire crier une jeune fille de douleur que de plaisir : pour le dragueur à la noix, se distinguer d'une manière déplaisante est d'une efficacité bien plus certaine et immédiate qu'en cherchant à séduire. C'est évident : complimentez une jeune fille, dites-lui quelque chose de gentil, vous attirez son attention avant tout sur elle-même ; et il faudra vraiment faire des prouesses d'humour et d'originalité pour qu'elle vous retourne davantage qu'un merci et un gentil sourire, que son regard fasse plus que glisser le long de votre visage. Au contraire, glissez-lui une remarque acide, un mot méprisant, une apostrophe insultante, mais crachez-lui dessus, que diable ! La haine que vous lisez alors dans ses yeux, lorsqu'elle se retourne - car elle ne peut pas faire autrement que vous remarquer, à cet instant, et même si elle feint de vous ignorer, son pas se presse, c'est qu'elle bluffe - cette haine vous fait exister ; ses invectives, s'il y a, vous reconnaissent et vous établissent incontestablement dans son monde. A cet instant, vous êtes unique à ses yeux ; elle vous hait, mais elle pensera à vous toute la journée ; elle vous maudit, mais des heures durant elle se ressentira de votre influence, le moral plombé par une pauvre petite perfidie de rien du tout. C'est si fragile, une femme. Pauvre chou.

Mais le problème du dragueur à la noix, rappelons-le, c'est qu'il est tout vide à l'intérieur. Il vient d'obtenir, par des moyens pour le moins radicaux, une étincelle d'existence jaillie de vos yeux ; mais celle-ci aussitôt s'est perdue dans son néant propre. Le dragueur à la noix est un trou noir relationnel, absorbant toutes les énergies qui l'environnent sans jamais parvenir à passer de l'autre côté de l'existence - sans jamais réussir à exister par lui-même. De désastre en désastre, il n'existera jamais qu'à travers vous, vous parasitant de trottoir en trottoir. Tonneau des Danaïdes de votre attention, il ne pourra jamais en être rempli. Comblé, encore moins.

Si vous lui accordez quelques minutes d'attention bienveillante, il trouvera le moyen d'y glisser quelques goujateries afin de pimenter l'existence que vous lui donnez ; entrez en relation plus durable avec lui, il vous assommera à coups de sarcasmes qui, sous couvert d'humour imparable, auront un contenu vraiment avilissant, testant sans relâche votre capacité à le faire être ; si enfin vous osez lui faire remarquer la rudesse de son contact, il retournera immédiatement l'attaque par quelque répartie mortifiante, asseyant ainsi sa légitimité à être - je suis mauvais, donc je suis - sur votre culpabilisation.


Car le seul moteur ontologique du dragueur à la noix, c'est de nier votre droit à l'existence, à vous.

Le dragueur à la noix vit de votre négation.
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Café 30/11/2008 15:49

Après la nausée, un essai d'ontologie phénoménologique : l'être du dragueur à la noix et le néant.
(A les souris : trois références et elles craquent... comme des noix).
Alors la souris, Sartre dirais de venir prendre un gruyère avec noix.

La Souris Blonde 01/12/2008 13:15


Ouhlà... Sartre se garderait bien d'être aussi affirmatif, de peur d'entraver la liberté fondamentale qui définit la souris comme existence.


jayjay 10/10/2008 14:59

Première impression : ouais elle pousse un peu la souris là quand même, je l'imaginais plus léger que ça le concept à la noix.Deuxième analyse : Mea culpa, mauvais point pour moi, déjà vu pourtant la distinction "à la manque" / "à la noix" !C'est vrai que parfois on a du mal à imaginer ce que ça doit être la condition de souris, et la rage qu'elle exprime parfois. Ce que j'ai trouvé de mieux pour le moment pour m'y aider :http://www.dailymotion.com/group/89249/video/x2xajj_la-pomme-dadam-adams-apple-english_funBon allez je retourne à ma punition, je vais copier 100 fois "il ne faut pas confondre "à la manque" et "à la noix".

La Souris Blonde 16/10/2008 19:35


Et en mettant "à la manque" en vert et "à la noix" en rouge, s'il te plaît.


Dovide 10/10/2008 01:39

Ta métamorphose en phénix,Oh Diane !A littéralement bouchéLe tonneau des danaïdes de mon attention 

Fredo 09/10/2008 22:40

Ah oui au fait : aie !

Friedorich Von Dopette 09/10/2008 22:38

Tiens ma souris ! :http://www.topbrico.com/images/rep_articles/grandes/101002.jpg 

La Souris Blonde 09/10/2008 22:52


Oh.