Comment séduire l'électorat féminin

Publié le par La Souris Blonde

Le bureau de vote était tenu par trois joyeux lurons, gauloisement campés autour de l'urne comme à la table d'un banquet. Et, s'ils ne brillaient pas par leur efficacité à faire mouliner la petite machine électorale, ils dépensaient beaucoup d'énergie à montrer qu'ils étaient de bons vivants. La soixantaine rubiconde, l'un portant de pimpantes petites moustaches, le second une avenante bedaine, le troisième un regard matois derrière ses austères lunettes, le bureau de vote bouillonnait de leurs bons mots pleins de finesse qui donnaient au scrutin une ambiance joviale, tout à fait troisième-républicaine, pas du tout déplacée.

Non, pas du tout déplacée non plus, la manière dont ils cherchaient à recruter des électeurs pour dépouiller les votes au soir de la bataille. Une jeune femme devant moi avait eu un bon motif pour refuser. "Mais enfin, vous pouvez bien tromper votre mari pour un soir, madame!" L'homme qui la suivait, bizarrement, n'était pas requis pour compléter son devoir de citoyen - mais c'est sans doute parce que les doigts fins des jeunes filles sont beaucoup plus habiles à ouvrir les enveloppes et lisser les bulletins.

Arrive le tour de la souris, la petite moustache frise d'un sourire : "Quel charmant prénom!" Quelle meilleure entrée en matière, en effet? Et quelle meilleure idée, pour demander à une jeune femme de participer au dépouillement, que de poursuivre sur le ton de la galanterie, avec un sourire entendu : "Mademoiselle, que faites-vous ce soir?" Bizarrement, la souris a acquis un curieux réflexe auriculo-labial : lorsque ses oreilles perçoivent une requête de disponibilité formulée sur un certain ton, ses lèvres formulent aussitôt un mensonge plausible. Et c'est dommage, parce que la souris aurait volontiers participé au dépouillement, en fait. Mais...

"Mademoiselle, voulez-vous dépouiller avec nous ce soir?" Non vraiment, jamais mes oreilles de souris n'avaient entendu une proposition si malhonnête dans un contexte si solennel.

Petite moustache se lamenta ensuite de sa disgrâce auprès de ses compères : "Ah, décidément, je n'ai pas de chance avec la jeunesse, aujour'hui!" Puis, curieusement, lorsqu'il se saisit de la carte du jeune homme qui suivait, son besoin de jeunes volontaires pour dépouiller sembla s'évanouir, sa passion pour les beaux prénoms aussi, son humeur revint à une indifférente efficacité.

Déjà, dans la file d'attente, il avait repéré la prochaine jeune fille.

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Bouc & Moustache 12/03/2008 12:08

Je plaide coupable...en même temps, toute une journée bénévole dans un bureau de vote, faut du courage... alors quand quelques lumières entre dans la pièce...

La Souris Blonde 14/03/2008 10:39

Oh oui, mais trop de lumière tue la lumière. Attention au décollement de la rétine!

path 12/03/2008 09:14

Un assesseur dragueur en sorte...Se pourrait il que la souris blonde ai une tendresse particulière pour les hommes mûrs... mais des reflexes un peu vifs ??

La Souris Blonde 14/03/2008 10:41

Nous autres souris, c'est sûr, les moustaches, on trouve ça irrésistible.

bonzo 11/03/2008 22:08

Très drole l'anecdote. On s'y croirait, j'imagine lascène d'ici !

La Souris Blonde 14/03/2008 10:31

On dit plutôt "j'imagine l'obscène d'ici", en fait.

erwann 11/03/2008 14:05

Ces témoignages sont très instructifs pour nous, hommes, qui ignoront tout de la condition féminine.merci, et bon courage.PS :  j'ai été séduit par votre esprit.

La Souris Blonde 14/03/2008 10:38

Aux dernières nouvelles, la condition féminine était retenue en otage par la guérilla tasmanienne.

ralphy 10/03/2008 19:24

Ni voté, ni dépouillé. Mais j'ai une excuse en béton : n'était pas de nationalité française, je n'ai pas le droit de vote. Cela dit, je ne suis pas certain que j'aurais participé au dépouillement de sexagénères moustachus et sexistes ou obsédés.

La Souris Blonde 14/03/2008 10:29

Oui, au-delà d'un certain degré de faîcheur, je crois qu'on peut les considérer comme des votes nuls.